C’était un film révolutionnaire à l’époque. Premier long-métrage d’animation entièrement réalisé en capture de mouvement et à l’esthétique numérique assumée, The Polar Express de Robert Zemeckis a beaucoup divisé à sa sortie, en témoignent les critiques mitigées qui l’ont accompagné. Si les talents de metteur en scène du réalisateur américain ne sont plus à démontrer, son manque d’émotion en fait un film bancal.

Virtuose et généreux

The Polar Express (2004) est un film paradoxal dans la filmographie de l’illustre Robert Zemeckis : à la fois prouesse technique impressionnante et œuvre profondément clivante sur le plan esthétique. Adapté de l’album illustré éponyme de Chris Van Allsburg (Boréal-Express en français), le film a pour ambition de recréer l’émerveillement de l’enfance à travers un conte de Noël spectaculaire, porté par une mise en scène d’une virtuosité indéniable.

The Polar Express met en scène un jeune garçon (joué par Tom Hanks, qui tient sept (!) rôles différents dans le film) qui commence à douter de l’existence du Père Noël. La veille de Noël, il décide de monter dans un train avec d’autres enfants, direction le Pôle Nord, et va passer une nuit remplie d’aventures et de péripéties.

Robert Zemeckis témoigne d’un sens du spectacle impressionnant. La caméra virtuelle, libérée des contraintes physiques des prises de vue réelles, virevolte, traverse les wagons, survole les paysages enneigés et accompagne le train dans des séquences de pure bravoure technique. Certaines scènes – la course dantesque sur la glace (au montage et à la dynamique spatiale frôlant la perfection), la traversée du train en déséquilibre, ou encore l’arrivée au Pôle Nord – témoignent d’une maîtrise impressionnante du rythme et de l’espace, rappelant le goût du cinéaste pour l’expérimentation formelle, déjà visible dans Retour vers le futur (1985) ou Forrest Gump (1994).

Uncanny valley

Cependant, cette débauche de virtuosité se heurte à un obstacle majeur : l’animation en motion capture. Désireux de se rapprocher le plus possible de l’esthétique de l’album original, le réalisateur américain choisit cette technique pour réaliser ce projet qui lui tenait à cœur. Révolutionnaire à la sortie du film, elle a depuis mal vieilli et demeure l’élément le plus controversé du film. Les personnages, bien que par définition techniquement fidèles aux performances humaines (notamment celles de Tom Hanks), souffrent paradoxalement d’un manque d’expressivité criant.

Les visages figés, les regards vides et les mouvements légèrement mécaniques plongent fréquemment le spectateur dans une sensation de malaise, souvent qualifiée de « vallée de l’étrange », cette théorie qui prétend qu’un certain degré d’inconfort peut apparaître chez le spectateur lorsqu’un objet atteint une certaine ressemblance anthropomorphique. Cette froideur visuelle, robotique, entre en contradiction directe avec le message du film, qui prône la magie et la croyance. Résultat, un manque criant d’émotion se fait ressentir, alors même qu’elle devrait être centrale dans un long-métrage avec de telles thématiques.

Sur le plan narratif, The Polar Express oscille également entre poésie et lourdeur. Si le thème de la croyance – croire en Noël, mais surtout en l’imaginaire, en ce qui n’est pas tangible – est touchant, le film peine parfois à lui donner de la subtilité et de la substance. Les personnages secondaires sont incroyablement peu développés, et l’émotion semble souvent sacrifiée au profit de la prouesse technique.

The Polar Express est donc une œuvre ambitieuse, portée par l’amour de son metteur en scène mais imparfaite, fascinante autant que déstabilisante, qui oscille entre la virtuosité et l’inconfort visuel. Robert Zemeckis y démontre un talent indiscutable pour la mise en scène et l’expérimentation formelle, tout en révélant les limites d’une technologie paradoxalement utilisée pour pousser le réalisme au maximum, mais finalement au détriment de l’humanité des personnages. Un film qui continue de diviser, mais qui mérite d’être vu comme une étape importante – quoique bancale – dans l’évolution du cinéma d’animation numérique.