
Vingt-sixième film de la richissime et légendaire carrière de l’acteur américain Clint Eastwood, Million Dollar Baby est un uppercut puissant droit dans la mâchoire, qui aborde des thématiques qui surpassent la symbolique du sport, et qui sont bien plus profondes et sensibles que celles auxquelles on peut s’attendre au premier abord.
En témoigne ses acclamations par la critique et ses récompenses multiples, dont quatre Oscars en 2005, notamment meilleur film et meilleure actrice pour Hilary Swank, bouleversante, mais également deux Golden Globes la même année dans les mêmes catégories et le César du meilleur film étranger en 2006. Inspiré de plusieurs nouvelles semi-autobiographiques écrites par F. X. Toole, aussi connu sous le nom de Jerry Boyd, un ancien soigneur professionnel de boxe, Million Dollar Baby confronte le spectateur à des thématiques insoupçonnées mais poignantes.
Million Dollar Baby relate l’histoire de Frankie Dunn (Clint Eastwood), ancien entraîneur de boxe reconnu, qui aujourd’hui dirige une salle de boxe régionale avec l’aide de son meilleur ami et ancien combattant, Scrap (Morgan Freeman). L’arrivée de Maggie Fitzgerald (Hilary Swank), jeune boxeuse inexpérimentée, va changer leurs habitudes ; désireuse de quitter son travail de serveuse pour réussir dans la boxe, elle souhaite à tout prix s’entraîner avec Frankie et commence à fréquenter sa salle de boxe. D’abord réticent à l’idée d’entraîner Maggie, Frankie va finir par accepter.
Un sommet de classicisme
Million Dollar Baby, c’est une histoire de ring, de coups et de résilience, certes, comme très souvent dans les structures archétypales des films de boxe, mais c’est également, et on le comprend plus tard au fil du long-métrage, bien plus que cela. En voix off, le personnage de Scrap nous raconte de sa voix grave et résonnante l’histoire du film, et la mise en scène épurée de Clint Eastwood installe le film dans un classicisme attrayant, qui trouve écho dans la façon dont le cinéaste américain traite son sujet.
Loin des mises en scènes spectaculaires et sensationnalistes dans la plupart des traditionnels films de boxe, Clint Eastwood se refuse à tout pathos grandiloquent pour se concentrer sur la fluidité et faire confiance à l’intelligence émotionnelle du spectateur. Le réalisateur américain filme ses combats libéré de toute emphase, donnant à ces derniers une dimension immersive : la caméra filme à hauteur humaine, s’approche au plus près des protagonistes puis prend de la hauteur, le tout avec élégance et grâce, mais toujours avec ce réalisme brut qui place le long-métrage dans une catégorie à part entière des films de boxe.

Une véritable sobriété formelle, anti ostentatoire, qui trouve son pendant dans la relation qu’entretiennent Frankie, vieux briscard et père fracturé, et Maggie, jeune rêveuse qui échappe à une famille dysfonctionnelle (pour rester mesuré). L’épure dans la mise en scène décuple la dimension intime entre les deux personnages. Chacun trouve dans l’autre une sorte de rédemption, ce qu’il manquait à chacun ; en résulte un duo d’une intimité et d’une fragilité folles, entre un Clint Eastwood tout en retenue et une Hilary Swank au sommet de son art.
Un drame va venir faire basculer le film dans une dimension beaucoup plus philosophique, mettant en lumière les valeurs et les obsessions de Clint Eastwood. Loin d’en faire une histoire de vengeance, le cinéaste met en avant un amour platonique qui s’est construit avec le temps, façonné par la douce fragilité et l’insouciance de Maggie, et les regrets et la mélancolie de Frankie. Le réalisateur s’interroge sur la vie et la mort, les accomplissements personnels de chacun.
Plus qu’un film de boxe, Million Dollar Baby est une réflexion poignante et d’une noblesse rare sur l’existence même. Clint Eastwood nous prend à contre-pied avec cette intimité formelle à l’opposé du sensationnalisme et du pathos, pour finalement filmer quelque chose de bien plus pur : deux personnes qui retrouvent, chacun l’un dans l’autre, une partie du puzzle qui leur manquait dans leurs vies respectives. Un chef d’œuvre absolu et un coup de poing qui coupe le souffle en silence.




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