
Marty Supreme est le deuxième film de Josh Safdie en solo et se présente comme un véritable favori pour les Oscars 2026, avec entre autres une nomination de meilleur acteur pour Timothée Chalamet.
Après plusieurs films réalisés avec son frère Benny (Uncut Gems, Good Times), Josh Safdie revient à sa carrière solo 14 ans après The Pleasure of Being Robbed. Hasard de calendrier, les deux frères ont sorti un film la même année. En effet, Benny Safdie était derrière la caméra de The Smashing Machine et fin 2025 (pour être éligible aux Oscars), Josh a sorti Marty Supreme. Autre coïncidence troublante : les deux frères ont décidé de réaliser des films autour de sportifs (Smashing Machine pour la MMA et Marty Supreme pour le tennis de table).
Tous ces éléments mis bout à bout ont poussé certains à créer des comparaisons entre les deux frères (l’un ayant été nommé 9 fois aux Oscars et l’autre une fois pour les maquillages). Cependant, Josh Safdie a pu continuer à travailler avec son équipe habituelle (Ronald Bronstein au montage, Oneohtrix Point Never à la musique), là où Benny est reparti de zéro. Ce travail d’équipe est d’ailleurs le sujet principal de Marty Supreme car dans un film comme dans la vie : il est impossible d’avancer tout seul.
Une grande fresque de l’individualisme
Marty Mauser est un jeune champion américain de tennis de table (largement inspiré de la vie de Marty Reisman). Battu par Kento Endo, un Japonais possédant un nouveau type de raquette, Marty fera tout pour revenir sur le devant de la scène et affronter de nouveau son rival nippon.
Seulement, toute la vie de Marty est orientée vers cet objectif et son individualisme est ce qui lui mettra des bâtons dans les roues tout le long du film. Que ce soit sa considération pour sa copine (brillamment interprétée par Odessa A’zion), l’exploitation de son ami (Tyler The Creator), ou le refus des opportunités qui s’offrent à lui par l’actrice Kay Stone (Gwyneth Paltrow) ou son mari, PDG d’une marque de stylos (Kevin O’Leary) : Marty ne pense qu’à lui, quitte à causer des problèmes à celles et ceux qui l’entourent.
Le ping-pong colle parfaitement à cette thématique car, en l’absence de fédération, Marty est seul dans ses matchs comme il s’évertue à être seul dans la vie, mais dans ce sport profondément individuel, celui qui réussit (Kento Endo) est celui qui s’est ouvert à une nouvelle technologie via une raquette plus moderne.

Un Chalamet au top !
Si Marty Supreme doit repartir avec une statuette des Oscars, ce sera très probablement celle du meilleur acteur pour Timothée Chalamet. Grâce à ce rôle de jeune homme égoïste, Timothée Chalamet parvient à exprimer un vaste mélange d’émotions dans son jeu.
Son personnage est à la fois extrêmement arrogant et fragile comme un enfant qui joue les adultes. C’est dans cet océan de nuances que Timothée Chalamet navigue sans jamais tomber dans la caricature.
Plus qu’un simple personnage dans sa carrière, Marty Mauser pourrait également aider son interprète à s’ouvrir à d’autres univers. En effet, Timothée Chalamet est souvent limité à des rôles de « jeune premier », mais grâce à ce parcours initiatique de l’enfant vers l’adulte, Marty pourrait enfin permettre à certains producteurs/réalisateurs de voir le potentiel de son acteur !

Un Safdie des grands jours
Marty Supreme n’est pas qu’une bande démo pour Timothée Chalamet car Josh Safdie jongle également entre plusieurs genres tout au long du film ! On passe constamment de la comédie au drame, de l’horreur au biopic et le réalisateur adapte constamment sa mise en scène pour rester impactant tout au long du film.
Une scène qui illustre particulièrement bien ce melting pot des genres est la scène de la baignoire.
- Marty se rend dans un hôtel miteux avec son ami Wally, mais n’ont presque pas d’argent, donc pour 2.50$, le gérant leur donne une chambre où il ne faudra pas utiliser la baignoire : situation dramatique.
- Les deux amis montent, rigolent entre eux, Marty va dans la baignoire qui traverse le sol et se retrouve à l’étage en dessous : situation comique.
- La caméra recule, les cris montent, un homme lavait son chien dans la baignoire juste en dessous, son bras explosé/coincé sous celle de Marty : situation et visuel horrifiques.
Ce n’est qu’une scène parmi tant d’autres, mais qui montre bien comment Josh Safdie passe d’un genre à l’autre durant tout le film. Le réalisateur continue dans son style si particulier de « rise and fall » sans la phase de « rise ». Tout comme dans ses précédents films, on suit un personnage qui s’enfonce progressivement dans les mauvaises décisions alors que les conséquences de ses choix précédents s’accumulent et pèsent un peu plus lourd à chaque minute qui passe.
Grâce à ce schéma, Josh Safdie crée un sentiment d’angoisse latente, comme une émotion de fond sur tout son film qui lui permet ensuite de jouer sur une forme d’ironie dramatique, car bien que les mauvais choix ne soient pas encore faits par Marty, on sait déjà qu’il va prendre une mauvaise décision. Contrairement à beaucoup de « rise and fall » plus classiques, la question n’est pas « Quand va-t-il merder ? » mais « Comment ? » : un choix malin qui le démarque clairement des autres œuvres.

Marty Supreme est d’ores et déjà un des meilleurs films de l’année. Que ce soit par sa mise en scène inventive, son scénario complexe mais constamment limpide ou par l’excellente performance de Timothée Chalamet : tout concourt à faire de ce film un des très (très) bons crus de 2026.




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