
L’année 2024 débute avec un drame inhumain, parmi tant d’autres dans un contexte qui fait encore aujourd’hui et depuis de nombreuses années rage à Gaza lors du conflit israélo-palestinien. Loin du terrain de la guerre, mais proche de ses horreurs, la voix de Hind Rajab raconte la tentative sauvetage de l’enfant éponyme de six ans bloquée dans une voiture entourée des cadavres de sa famille et assiégée par les troupes ennemies. Ce sera dans les bureaux du Croissant-Rouge chargé de secourir les victimes palestiniennes que le récit prendra place.
L’ANGOISSE DE L’IMPUISSANCE
Inspirée par l’œuvre de Gustav Möller : The Guilty (2018), Kaouther Ben Hania va parfaire son immersion de la même manière que le film danois. En effet, le concept se présentera à travers un huis clos téléphonique où les personnages devront secourir tout en rassurant la victime. Dans La Voix de Hind Rajab, le niveau d’angoisse va être décuplé. En effet, les acteurs interprétant Mahdi, Nisreen et Rana vont répondre à la voix des vrais enregistrements d’archives de Hind Rajab, avec la référence du fichier en haut à droite de l’écran, qui va considérablement venir nous affecter, car nous ne serons ici pas dans une fiction, mais dans la réalité. La mise en scène de Ben Hania va permettre d’intensifier l’anxiété par cette caméra épaule instable, oppressante, venant étreindre les personnages par sa faible valeur de plan visant à accroître l’angoisse. Les personnages vont d’ailleurs livrer une performance déchirante, devant garder leur calme malgré la rage de l’injustice qui s’abat sur une innocente sans défense.
Ce qui va maintenir cette tension sera l’extraction de Hind par ambulance pour pouvoir la secourir. Cependant, Motaz, opérateur de première ligne du Croissant-Rouge palestinien, devra attendre le feu vert pour que l’évacuation puisse s’effectuer en toute sécurité. Mahdi, hors de lui, devra garder son calme dans cette attente torturant ce personnage en raison des procédures interminables.

SE SENTIR CONCERNÉ PAR LA TRISTE RÉALITÉ ACTUELLE
La voix de Hind Rajab vise à choquer le spectateur, à l’horrifier afin qu’il s’informe sur ce qui se passe actuellement pour qu’il se sente concerné par les agissements inhumains israéliens. Pour ce faire, le choix de mélanger la fiction à la réalité permettra de crédibiliser davantage la tentative de sauvetage de Hind de manière sonore par les échanges téléphoniques, mais également par l’image par les captations des acteurs à partir des véritables vidéos présentant les personnages ayant existé pendant ce drame. Comme l’horreur hors-champ qui va révéler l’image du son de ces tirs d’armes à feu ainsi que de cette souffrance, par les archives et par le témoignage de la mère de Hind.
La voix de Hind Rajab médiatise l’un des nombreux massacres de cette terreur qui persiste encore aujourd’hui, remportant le Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise. Un film encouragé et soutenu par de grands noms du cinéma hollywoodien tels que Joaquim Phoenix, Rooney Mara, Jonathan Glazer et Brad Pitt, crédités comme producteurs et productrice exécutifs. C’est une œuvre qui se révèle être la plus impactante de l’année, marquant nos esprits par ce que le métrage provoque en nous : de la tristesse et de la rage face à l’horreur de l’injustice.




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