
Rodrigo Sorogoyen revient quatre ans après son dernier film As Bestas (2022) qui a fait sensation grâce à sa qualité filmique. Le réalisateur espagnol met en scène un duo d’acteurs composé de Victoria Luengo, également à l’affiche du nouveau Almodóvar : Autofiction (2026), qui joue Emilia, la fille d’Esteban Martínez incarné quant à lui par Javier Bardem. De plus, le cinéaste collabore à nouveau avec Marina Foïs jouant l’appui principal professionnel d’Esteban.

UNE COLLABORATION ENTRE LA SOUFFRANCE ET LA CULPABILITÉ
Le récit de L’Être aimé fait écho à celui du lauréat du dernier Oscar du meilleur film étranger : Valeur Sentimentale (2025). En effet, les retrouvailles d’un père réalisateur distant retrouvant sa fille treize ans après pour lui proposer de jouer le premier rôle de son prochain film rappellent l’œuvre de Joachim Trier. Cependant, la gêne s’impose logiquement à travers cette longue scène d’introduction de discussion entre la souffrance (Emilia) et la culpabilité (Esteban) captée par des plans serrés, de sorte à nous immerger dans l’intimité de cette relation père fille en prenant conscience du décalage de ce lien avec celui qu’un père devrait avoir avec sa fille. Pour appuyer cette sensation, certains passages illustrent les deux personnages en train de se contempler sans jamais croiser leurs regards.
Je trouve que hormis cette bonne scène d’ouverture, le film souffre de longueurs jusqu’à ce qu’il me happe à nouveau par ce qui est pour moi la meilleure scène du film : le pétage de plomb pendant le tournage. Une séquence qui pourrait être inspirée avec l’une de Babylon (2022).
Emilia n’a pas accepté la proposition de son père, mais celle d’Esteban Martínez, voulant strictement avoir qu’une relation professionnelle avec ce dernier, qui émet quelques commentaires déplacés en raison de l’état de la relation actuelle.
Cette scène représente donc les nerfs qui cèdent. Le professionnalisme ne peut plus cacher la réalité et la rage d’Esteban qui maltraite les comédiens de son film par son autorité abusive et toxique, recommençant la scène tant qu’il n’a pas fait payer sa fille de « la culpabilité qu’elle lui a infligée ». La séquence présente un échange autour d’un dîner. Ce qui contraste avec la scène d’introduction au restaurant qui marque les retrouvailles entre les protagonistes avec certes une ambiance gênante, mais dans une démarche bienveillante. Enfin, Esteban nourrit sa fille dans la tente, lors du dernier acte, partageant un moment digne de ce qui aurait dû ressembler à leur relation.

Sorogoyen réalise un film sur le cinéma par sa forme. Il montre l’envers du décor d’un tournage à travers une image soignée à la pellicule, mixant des plans de la scène en train d’être filmée avec ses backstage. Une manière de rester dans une forme d’intimité, mais professionnelle, car c’est la seule forme d’intimité que veut avoir Emilia avec son père. Mais même avec cette volonté, elle se verra influencer dans sa manière de jouer jusqu’à ses traits de visage ou mimiques par celui qui lui a causé toute cette souffrance. Seulement, une question demeure dans l’esprit d’Emilia : Est-ce que son père a conscience de la souffrance qu’il lui a infligée ?




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