
–Spoilers–
Sorti en 1985, Rocky IV est le 4ᵉ opus de la saga scénarisé par Sylvester Stallone et déjà le 3ᵉ où il est également derrière la caméra. Bien qu’il possède de nombreux défauts, ce Rocky est de loin le plus mémorable de la saga (après l’original).
Après le franc succès du premier film où Rocky perd contre Apollo Creed, le deuxième où il prend sa revanche et le troisième où l’on retiendra uniquement la bande originale et le surjeu constant de Mister T… Le quatrième opus pouvait ressembler à l’épisode de trop. Pourtant, Sylvester Stallone offre un virage ultra-politique à sa saga et crée enfin un véritable antagoniste mémorable !
À l’Ouest tout est nouveau
En 1985, le monde est encore en pleine guerre froide et c’est à ce moment que Stallone décide d’opposer Rocky à Ivan Drago, un grand boxeur dopé et bras musclé du vilain communisme russe. Sur le papier, cela ressemble à un affrontement peu subtil entre le gentil Américain et le méchant Russe comme on en voyait énormément dans les films de l’époque. Par exemple, les James Bond étaient parsemés de vilains Russes très méchants exclusivement motivés par la haine parce qu’ils étaient russes.
Seulement Stallone écrit ici un scénario bien plus malin que ce qu’il n’y parait. Déjà, les Américains ne sont pas dépeints comme des gentils. Il n’y a qu’à voir l’accueil réservé à la délégation russe lorsqu’elle arrive sur le sol des États-Unis : moqueries, insultes et autres joyeusetés… Le personnage d’Apollo Creed ressort d’ailleurs tout l’orgueil qu’il pouvait montrer dans le premier film et le dirige contre Ivan Drago qu’il prend clairement pour un moins que rien…
On peut également voir une critique de l’Amérique de l’époque avec la très longue entrée d’Apollo Creed sur « Living in America » entouré de danseuses peu vêtues, de pyrotechnie et de James Brown lui-même : c’est too much ! Au point où l’on peut se demander où est le vrai show : est-ce la boxe ou l’entrée des boxeurs ? Ivan Drago est venu boxer sans fioriture et c’est d’ailleurs ce qu’il fera de mieux dans le film.

Enfin un vrai méchant
En dehors d’Apollo Creed, la saga Rocky a vraiment peiné à créer d’autres antagonistes marquants, mais parmi eux Ivan Drago est inévitablement le plus développé.
Même si Stallone a déclaré que tuer Apollo Creed fut une erreur et qu’aujourd’hui il ne serait que gravement blessé s’il devait réécrire le film : cela reste la meilleure idée du film ! En effet Creed est un personnage important de la saga et dont le public connait la force : voir un antagoniste le tuer sur le ring fait instantanément de lui une grande menace !
De plus, on découvrira dans le dernier acte qu‘il n’est pas que l’arme idéologique du Parti communiste, mais qu’il se bat également pour lui-même, dépassant ainsi les vilains unidimensionnels que l’on pouvait observer à l’époque…

Un film (trop) généreux
Le film dure environ 1h30 dont 30 minutes sont consacrées au dernier combat ! C’est très généreux et à priori, lorsqu’on regarde un Rocky c’est pour avoir un combat de boxe épique : c’est le cas. Le combat est long, les enjeux du film sont sublimés et incarnés dans chaque coup que s’échangent les deux combattants et la réalisation est particulièrement notable. Durant cette longue séquence, Stallone parvient à mettre en scène 30 minutes de combat sans lasser le spectateur. Fondu enchainé, ralenti, plan dans le public : tout est utilisé pour rendre compte de la puissance des coups et ça fonctionne extrêmement bien.
Cependant, le film compte aussi un combat au début, ce qui laisse finalement assez peu de place pour développer une histoire ou des personnages… Adrian et Paulie sont des personnages tertiaires (presque des figurants à ce niveau) et très peu de répliques s’écartent du combat.
En termes de réalisation, Rocky IV est également à court d’idées, car si les combats sont riches visuellement, les à côtés le sont beaucoup moins. Le film a recours au training montage à plusieurs reprises ! Alors une fois pour montrer que Rocky s’entraine : oui. Plusieurs fois pour montrer qu’il arrive en Russie, qu’il s’entraine, se renseigne sur son adversaire : bon… on pourrait aussi avoir le droit à des dialogues et pas 30 minutes de clip. On sait depuis qu’il existe quelque part une version du film qui dure 2h30. C’est sûrement beaucoup trop long, mais il devait être possible d’avoir un entredeux et pas un film qui ne semble orienté qu’autour de la bagarre.

Malgré ses défauts, Rocky IV est de loin l’un des plus intéressants de la saga ! Les enjeux sont clairs, le méchant n’est pas unidimensionnel et le combat final est l’un des meilleurs de tous. Fait également notable, il est la véritable pierre angulaire autour de laquelle s’articule toute la nouvelle franchise Creed : il s’agit donc à la fois d’un film clôturant l’histoire de Rocky et ouvrant un nouveau round de boxe sur grand écran !




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