Après Amélie et la métaphysique des tubes au Japon et Dìdi aux États-Unis, c’est au tour de Kouté Vwa de dresser le portrait culturel de son auteur. Dans ce film guyanais, Maxime Jean-Baptiste s’inspire de son vécu en utilisant l’œil de Melrick Diomar, qui s’interprète.

Ce métrage a une forme documentaire, intimiste, par son fond, mettant en lumière un fait divers qui s’est réellement produit et par sa forme, faisant entrer la caméra dans le quotidien de ces personnages, au plus proche d’eux, de sorte à nous immerger dans une œuvre aussi sincère et authentique que le jeu des acteurs.

LE PARADOXE GUYANAIS

Melrick vit avec sa mamie loin de la France qu’il n’affectionne pas tellement. Il sera témoin de la violence qui règne sur le territoire, venant en partie des cités qui auront le paradoxe d’apporter le bien, par la sensation de protection, tout en provoquant le mal, par l’utilisation de la violence. Le film utilise cette dualité de façon à témoigner de la complexité à laquelle font face les Guyanais.

Afin d’avoir un rendu plus cinématographique, Maxime Jean-Baptiste va opter pour des images illustratives visant à rendre la Guyane belle par sa biodiversité, par exemple. Cependant, le cinéaste va se donner comme devoir de témoigner contre la violence du pays en prenant l’exemple du meurtre de Lucas, qui s’avère être l’oncle de Melrick. Le cinéaste utilisera la voix du peuple par les manifestations visant à lutter contre l’insécurité, tout en honorant la mémoire de ceux qui sont morts tragiquement.

Une discussion dans la voiture entre la mamie de Melrick et ce dernier va être révélatrice de la propagation de la violence. Dès le plus jeune âge, Melrick va ressentir cette rage, plus que compréhensible, tandis que sa mamie, révoltée certes, va faire preuve de force, en apportant un message de sagesse pour éviter de rendre la Vendetta sud-américaine infinie et d’atteindre la paix.

ÉMANCIPATION PAR LA PERCUSSION

Melrick, comme d’autres habitants guyanais, va devoir trouver un moyen d’évacuer cette violence planant sur la population. Quoi de mieux que l’art, la musique, pour transformer le mal en bien. En effet, le protagoniste va apprendre à jouer du tambour au côté d’autres musiciens. Cela n’est pas anodin, le choix de cet instrument, car son utilisation se base sur la frappe, tout comme ces caisses claires battues énergiquement. Ce sera une manière de transvaser la violence sur les peaux des instruments de sorte à donner une utilité artistique à ce poids anxiogène, en l’évacuant.

Kouté Vwa veut dire « écouter la voix », ce qui fait référence au ras-le-bol des manifestants indignés par ces violences, tout comme les percussions ainsi que les cuivres, résonnant comme des cris d’injustice à travers une œuvre de cinéma, qui sera un autre moyen artistique « d’écouter la voix ».