Grâce à la conquête de la science, nous avons su trouver nombre de réponse aux questions fondamentales de la vie. De ce fait, l’inconnu fait de moins en moins peur. Elle est finie l’époque des croyances en des créatures et des choses inconnues. Pourtant, un auteur nommé Lovecraft a su donner un nouveau souffle. Pour lui, l’homme est prétentieux et petit. Il finira par tomber sur plus grand que lui, et lorsque cela sera le cas, il sera dans l’incapacité de faire quoi que ce soit. Une citation qui décrit bien sa façon de penser se trouve au début de l’appel du Cthulhu.

« Mais il se pourrait qu’un jour, ces bribes de connaissances ouvrent des perspectives si terrifiantes sur la réalité, et sur notre position dans l’univers, que les seules échappatoires seront la folie ou la fuite dans la paix et la sécurité d’un nouvel obscurantisme. »

L’homme finira forcément par tomber sur quelque chose de plus grand et d’inconcevable. Cette idée a toujours eu un certain mal à prendre forme en image malgré les nombreuses tentatives. Lors de la transition sur d’autres arts visuels, celle-ci ne s’est jamais faite sans douleur. Junji Ito fut de ceux qui ont réussi.

Cet auteur et dessinateur de manga s’est fait très vite remarquer par son style viscéral et absurde début des années 90 et est très rapidement devenu un incontournable. Ces récits sont fortement inspirés de légendes japonaise locales. La comparaison avec Lovecraft se fait surtout autour de ses dessins qui empruntent beaucoup au Body horror, genre cinématographique mettant en scène des déformations de corps. C’est surtout Uzumaki, sa deuxième œuvre majeure, qui crée ce comparatif. Pour en parler, nous allons nous pencher sur son adaptation en film sorti en 2000. Elle se place dans la mouvance de films d’horreur souhaitant reproduire le succès de Ring (1998) et emprunte cette envie insatiable de tenter des choses, qui à la vue du récit d’origine, me semble être parfait.

L’intrigue du film se déroule dans une petite ville côtière séparée du monde par une montagne. Là-bas, la vie est simple et monotone. Les étrangetés vont se manifester lorsque le père du meilleur ami de l’héroïne va se mettre à collectionner de nombreuses choses en forme de spiral. La situation va s’empirer lorsque ses camarades de classe ainsi que son propre père vont eux aussi être influencés par cette forme. Leurs réactions allant de l’obsession à la haine viscérale, chaque personnage développant sa propre relation avec la spirale. Le tout prendra des formes surréalistes avec des déformations de corps sévères. En parallèle, des journalistes vont enquêter sur l’histoire de la ville et de cette malédiction.

Le film ne conclut pas grand-chose, c’est son principal défaut. Comme expliqué dans l’intro, la production a commencé pendant la parution du deuxième tome, faisant qu’ils ont dû improviser durant la dernière demi-heure du film. Cela se ressent à travers un changement de type d’horreur. Au départ, la menace était informe au sein du récit, elle se faisait dans le montage, les mouvements de caméra, les compositions du cadre. La technique était l’influence qui changeait les personnages. Puis lorsqu’un des personnages centraux meurt, le film s’enferme dans un récit de fantômes et de malédiction. De ce fait, on perd tout l’absurde de l’œuvre originale. Pourtant cette première heure vaut le détour.

La construction des vortex est intéressante. Là où le manga dissimulait dans sa patte artistique des spirales, ici le réalisateur cache des petites déformations dans les vides du cadre. Malgré la pauvreté du procédé, cela reste efficace et ne paient pas de mine. Ceci va sans dire qu’il en est de même pour d’autres procédés, le film jongle entre effet pratique et CGI moyenne, voire mauvaise, qui avec le format numérique de l’époque se fond relativement bien. Pourtant son ridicule est sa plus grande force. Lors des premiers phénomènes, la protagoniste, Kirie, ainsi que les autres habitants, ne voient pas une menace mais plutôt un fait marrant sans grande conséquences jusqu’à l’arrivée du premier mort. La manière dont il se suicide est volontairement montré comme ridicule. Le manga sera bien plus direct en montrant la scène frontalement, là où le film décidera de mettre sous silence la vision de l’horreur et d’attendre un cauchemar durant la dernière demi-heure pour franchir le pas. Était-ce par honte ou par envie de préserver le visuel pour un « climax », la réponse reste floue. De mon point de vue, le plan réussit à parfaitement retranscrire l’état d’absurdité de la scène. Malheureusement, le film va essayer d’ajouter d’autres de ces phénomènes durant une courte scène filmée en found-footage avec l’homme escargot et la fille aux cheveux en spiral. Le film aurait mérité une plus longue durée.

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L’autre point fâcheux du film est sa conclusion. Le manga original ne pouvait avoir de conclusion positive, c’est même son intérêt. Jusqu’où ira la spiral ? Quelle est sa limite ? Le final de l’œuvre original tombe entièrement dans cette ambiance lovecraftienne avec cette ville qui se métamorphose dans l’absurde, rappelant par ailleurs les descriptions de la cité de R’lyeh. L’adaptation se retrouve à devoir conclure juste avant que le récit ne tombe dans son spectacle d’absurdité. Cela est particulièrement frustrant. La dernière scène servant uniquement à finir artificiellement l’intrigue en la poussant fortement vers une mauvaise fin. Le procédé de la spiral utilisé a du sens mais elle intervient sans préavis.

Je reste persuadé qu’une adaptation d’Uzumaki est une bonne idée. Mettre en scène les vortex par la technique est une excellente idée qui couplé à des effets spéciaux de bonne qualité pourrait donner quelque chose de marquant. Malheureusement, le manga est sorti il y a de cela vingt ans et la mode des live action et des films d’horreur japonais est passé depuis longtemps. Il y a quelques années est sortie une adaptation en animé qui ne fut pas très convaincante malgré son respect du manga original. Ce film reste tout de même intéressant pour les passionnés d’horreur japonaise et pour les fans de Junji Ito qui souhaitent découvrir une interprétation de son horreur.