Connu pour adapter bon nombre de travaux de Stephen King, Mike Flanagan, réalisateur notamment de Ouija: Les Origines (2016) Doctor Sleep (2019), The Life of Chuck (2024) et de la géniale série The Haunting of Hill House (2018) , a réalisé en 2013 Oculus, adaptation de son propre court-métrage Oculus: Chapter 3 – The Man with the Plan (2006). En résulte un film d’horreur sous tension permanente et ultra efficace, confirmant le talent du metteur en scène dans le genre horrifique

Si Mike Flanagan est désormais considéré par beaucoup comme le nouveau “maître” de l’horreur contemporaine, son Oculus est passé au travers des radars de beaucoup d’amateurs de films d’horreur, y compris le mien. Malgré un certain succès commercial (44 millions de dollars de recettes pour un budget de 5 millions de dollars), c’est sans doute l’une des œuvres les moins mises en avant de Mike Flanagan. Présenté en festival en septembre 2013, puis sorti aux États-Unis avant d’arriver finalement en France directement en vidéo le 15 avril 2015, Oculus semblait condamné à rester dans l’ombre. Et pourtant, le film possède d’innombrables qualités qui en font un très bon film d’horreur, sous-estimé et véritablement terrifiant.

Oculus raconte l’histoire de Tim Russell (Brenton Thwaites) et de Kylie Russell (Karen Gillan), frères et sœurs. Après avoir passé dix ans en hôpital psychiatrique, Tim, 21 ans, est libéré. Alors qu’il souhaite tirer un trait sur un événement tragique qui a secoué sa famille dix ans plus tôt dans leur maison de jeunesse, sa sœur Kaylie lui rappelle qu’ils s’étaient promis d’enquêter sur les causes mystérieuses de ce drame, liées à un mystérieux miroir.

Qu’est-ce qui rend alors Oculus si terrifiant ? Connu pour sa capacité à créer de la tension et une atmosphère inquiétante, Mike Flanagan ne déroge pas à la règle ici. Après un début un peu mollasson, contextualisation oblige, le film prend un tout autre envol et une toute autre envergure dès lors qu’il se transforme en huis-clos labyrinthique. Les deux jeunes adultes retournent enquêter dès la libération de Tim dans leur ancienne maison, et cette dernière devient le théâtre d’une terrifiante chasse psychologique et profondément anxiogène entre deux personnes voulant découvrir ce qui est arrivé à leur famille dix ans plus tôt et une entité démoniaque qui semble prendre sa source dans un miroir appelé Lesser Glass.

Copyright Blumhouse Productions Stars Karen Gillan, Brenton Thwaites Film Oculus

Ce dernier manipule la perception, mélange les souvenirs passé avec le présent, et force les personnages à douter de leur propre santé mentale. La terreur ressentie ne vient pas de jump scares à outrance, mais bien de l’atmosphère angoissante, de la pression psychologique ressentie par les personnages et de l’incapacité de ces derniers à reconnaître ce qui est réel ou non.

Obsédé par les récits non-linéaires, Mike Flanagan fait d‘Oculus un véritable cauchemar labyrinthique à travers la passé et le présent, parfois en mélangeant les deux, afin de rendre palpable le tourment des protagonistes (et aussi celui du spectateur), avec pour seul mot d’ordre la désorientation. Et cela de manière crescendo, avec un montage de plus en plus nerveux et déstabilisant à mesure que le final s’approche. Une paranoïa finit presque par s’élever, où l’on se prend à douter du réel, comme les protagonistes, et de tout ce qui est montré à l’écran.

Les souvenirs et le présent s’entrechoquent, pour faire voler en éclats toutes certitudes, même les plus évidentes. Flanagan construit la peur sur l’incapacité de comprendre les événements ou de les rationaliser, en témoigne l’absence de contextualisation du mal horrifique qui hante les murs de la maison. Le mal n’a pas forcément besoin d’être caractérisé, et c’est aussi ça qui fabrique l’angoisse.

Pour résumer, Oculus est une réussite qui, malgré son succès mentionné plus haut, est passé un peu injustement sous les radars. Angoissant, claustrophobe, mélangeant passé et présent, le film fait travailler la crédulité du spectateur et la terreur naît de l’incapacité à comprendre le mal. Mike Flanagan est définitivement un auteur à suivre dans le paysage cinématographique horrifique.