Joss Whedon produit un guide pour tous les futurs réalisateurs. Nous sommes en 2011, il n’a pas encore pris la grosse tête avec le succès de Avengers (2012), ni reçu une avalanche de plaintes pour harcèlement sexuel et psychologique de la part de nombreuses artistes l’ayant fréquenté dès le début de sa carrière. Il n’avait pas encore saccagé, massacré, éventré l’œuvre de Zack Snyder : Justice League (2017). Joss Whedon s’est fait connaître grâce au scénario d’Alien, la résurrection (1997) puis a connu la consécration avec la série Buffy contre les vampires (1997-2003). Il a enchaîné quelques films moyens. Pourtant, il avait fait son petit chemin dans le cinéma d’horreur. Drew Goddard a lui aussi commencé comme scénariste, sur la série Lost : Les Disparus (2004-2010). C’est son premier film. Sa réalisation, loin d’être originale et percutante fait preuve de bon sens sans prise de risque. Le scénario est signé par les deux copains. On sent l’amitié en écrivant.

Un groupe de jeunes se réunit dans une cabane au fond des bois pour faire la fête. Dans la cave, au milieu d’un tas de vieilleries, une réveille une famille de Redneck Zombies bien décidés à tuer sauvagement tout être vivant. Tout cela est surveillé et encadré par un programme scientifique.

Si ce synopsis vous fait un peu penser à Evil Dead (1981-2026), c’est normal. Le film en est un hommage. Joss et Drew exposent leur amour envers leur genre de prédilection.

La Cabane dans les bois est un coup de maître. On retrouve tous les délices de Whedon et son humour noir. Le scénario est soigné, les rebondissements sont maitrisés. Le propos amené progressivement dans la première moitié du film. Dans la seconde, il se laisse aller à des délires gores et burlesques dont la caméra de Drew prend soin de ne rien cacher, pour notre
plus grand plaisir. Nos deux compères s’attèlent à décortiquer le film d’horreur de monstres. Ce sous-genre est très populaire aux États-Unis depuis les années 1930 avec La Chose du Marais. Les drive-in de l’Amérique des années 1950 le concrétisent. Ces films sentent l’Amérique puritaine. De jeunes gens luttent contre une bête fantastique, un animal géant, un démon… Ils finissent tous
par y passer. Ils symbolisent la force d’un ordre établi supprimant les brebis galeuses de son troupeau. Quand le monstre gagne, comme dans The Descent (2005), c’est le féminisme qui disparaît dans une société masculine. Lorsque l’homme gagne, comme dans Jaw (1975) , c’est la société s’installant définitivement dans un environnement qui n’était pas le sien, glorifiant le massacre de ceux luttant pour leur survie. Ici, les personnages sont haut en couleur et le scénario intelligent posent la volonté de vivre avant toute chose en évitant les facilités scénaristiques. Whedon prend le temps de nous expliquer la mythologie de ce courant du film d’horreur, ses codes, avec une grande pédagogie. Il nous montre d’abord les scènes, puis nous les explique en utilisant Sigourney Weaver comme professeur. Le bestiaire rend hommage à tous les films d’horreur de monstre. Il y a même des débats faisant penser à ceux des fans dans des salons. Le gore est au rendez-vous. Monsieur maîtrise son image entre contre-jour, jeux d’ombres, il arrive à bien nous mettre les foies. Le petit rictus aux lèvres, le spectateur est entraîné dans une aventure beaucoup plus vaste que d’habitude. Le traditionnel jump-scare est plutôt bien évité, les sons stridents et stressants ne sont pas si dérangeants. L’horreur et la peur surviennent soudainement, brutales et efficaces. Tous les ingrédients du cocktail sont bien dosés, la mayonnaise prend forme…

Copyright Metropolitan FilmExport Stars Fran Kranz , Chris Hemsworth , Anna Hutchison Film La Cabane dans les bois

Après avoir bien posé les codes et en ayant sûrement marre de les subir, Whedon et Drew, en appuyant sur le bouton rouge, libèrent une puissance démoniaque jouissive. Ils retournent les codes à leur avantage pour en sortir une œuvre beaucoup plus profonde et en avance sur son temps, prônant la tolérance de l’autre plutôt que le maintien de l’ordre établi. Ils appellent ici à une révolution de la jeunesse, à casser la hiérarchie existante pour le fondement de nouvelles œuvres enrichies au XXIe siècle.

Oui, on peut encore faire du nouveau aujourd’hui !