
C’est la deuxième fois cette année qu’Austin Abrams porte un long-métrage d’épouvante / à tendance horrifique. Un second projet confirmant ses choix très intéressants, après Resident Evil de Zach Cregger, l’acteur américain s’illustre dans le troisième film de Brian Duffield : Englouti (Whalefall en version originale). Un thriller faisant littéralement sombrer le protagoniste Jay Gardiner, mais aussi métaphoriquement à travers un survival haletant avec comme thématique principale : le lâcher prise d’un deuil.
–Spoilers–
DANS L’ANTRE DE LA GUÉRISON
Le concept d’Englouti a de quoi intéresser. En effet, devoir s’échapper de l’intérieur d’un gigantesque animal marin, qui plus est dans l’Océan à des profondeurs abyssales, suffisent à planter un décor plutôt original.
Tout d’abord, l’incident déclencheur du récit nous est présenté dès l’introduction. Le suicide du père de Jay : Mitt, incarné par Josh Brolin, se sert d’une ceinture à plomb pour pouvoir être englouti par ce qu’il aime tant. Il laisse alors une famille en deuil, dont son fils Jay. Ce dernier veut prouver à lui-même et à son père qu’il est capable d’assurer une expédition de plongée en solo. Une quête qu’il va entreprendre pour pouvoir retrouver les traces de son père et pour y déposer sa mémoire dans le cercueil vide.
La plongée semble être une métaphore sans prise de risque pour représenter la souffrance de la perte d’un être cher, et en quelque sorte le film se sert de la verticalité de la profondeur pour faire écho à cette figure de style. Mais ce qui va être plus intéressant, c’est que l’utilisation du cachalot n’est pas juste là pour fournir un divertissement à tension, car elle sera surtout la métaphore du métrage. Jay va devoir se battre pour survivre. Pour ce faire, il va devoir remonter à la surface. Le cachalot va tout comme la dépression ou autres formes de souffrances psychologiques engloutir son sujet qui va devoir s’extirper de cette situation douloureuse pour pouvoir s’en sortir. Même après un brin d’espoir, le mammifère marin effectue un pic vers les abysses, de quoi éloigner le personnage de la lueur qu’il aura pu entrevoir.
Le montage alterne la survie avec les flashbacks de la relation entre Jay et Mitt. Un lien particulier entre un père halluciné et passionné voulant transmettre les valeurs de cet élément qui recouvre notre planète, tout en fuyant les inventions humaines menant à son système : le capitaliste. Cependant, Jay a juste besoin de son père qui l’écoute sans que ce dernier se lance dans des tirades lunaires. C’est par ses conversations passées que le jeune homme va réussir à se servir des conseils de son père pour pouvoir survivre et espérer s’échapper du cétacé.
L’intérieur du cachalot enferme Jay dans les entrailles exigües de l’animal, bien moins sales et grandes que l’intérieur de Monstro dans Pinocchio (1940). Il va devoir se frayer un chemin à travers cet espace claustrophobique, organique et visqueux qui contient lui-même d’autres dangers. Le système digestif du cachalot vient ronger la peau du personnage par l’acide gastrique. Et pour couronner le tout, l’une des meilleures idées du film provient de la menace dans la menace. Jay est dans le cachalot à la merci d’un autre animal impressionnant : le calamar géant. Le céphalopode permet d’offrir des scènes d’une intensités aussi dynamique qu’oppressante. Ce composé de situations périlleuses s’additionnent pour accentuer le thriller ainsi que notre immersion.
La voix de son père accompagne la guérison de Jay, tout en remontant à la surface pour pouvoir lâcher prise. Le cachalot se meurt, attiré par les profondeurs comme Mitt pour conclure la métaphore.

Englouti frôle le statut de très bon film, allant au-delà de mes attentes qui était déjà posées par ce concept intrigant. Austin Abrams fournit une nouvelle bonne prestation passant de l’impuissance à la souffrance psychologique jusqu’à la douleur physique pour arriver à un espoir rédempteur.




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