
Ryan Murphy et Ian Brennan sont les showrunners d’une série Netflix présentant différents tueurs et tueuses ayant marqué l’Amérique. Monstre présente sa quatrième saison après L’Histoire de Lyle et Erik Menéndez (2024) et L’Histoire d’Ed Gein (2025), sans oublier la première saison phénomène : L’Histoire de Jeffrey Dahmer parue sur le petit écran en 2022. Une nouvelle fois, les deux créateurs de cette série ne se privent pas de montrer l’horreur et le graphisme gore des scènes de violence. Des pics de monstruosité intenses imprégnés par un climat anxiogène et malsain. La quatrième saison de Monstre présente cette fois L’Histoire de Lizzie Borden qui va nous révéler que les réels monstres ne sont pas forcément les meurtriers.
–Spoilers–
LIZZIE BORDEN DÉFIE LA MORALITÉ
Le récit prend place au XIXe siècle dans l’État américain du Massachusetts. La famille Borden est noble et possède un manoir ainsi que des domestiques. Abby (Rebecca Hall) et Andrew Borden interprété par Charlie Hunnam, qui revient pour une nouvelle saison après avoir porté la précédente dans L’Histoire d’Ed Gein. Les deux parents vont installer une ambiance bien plus que toxique, car ils seront tout simplement les monstres de cette maison, tyrannisant ses hôtes en commençant par leur fille : Lizzie jouée par Ella Beatty. Cette comédienne avec peu d’expérience en cinéma et en télévision aura la lourde tâche de porter cette saison en incarnant la célèbre tueuse en série.
Andrew est un misogyne passant autant de temps à grogner qu’à s’occuper de ses haches, ne supportant pas la présence des femmes qui sont censées faire partie de sa famille. La mère cible sa belle-fille en la rabaissant, l’humiliant sans aucune once de gentillesse à son égard. Lizzie subit la maltraitance de ses parents sans pouvoir leur faire face. C’est alors qu’une nouvelle arrivante remplace la dernière domestique brûlée par Abby. Maggie (Vicky Krieps) représente non pas seulement une classe sociale modeste, mais aussi un désir d’affranchissement, d’indépendance en tant que femme, souhaitant gagner sa liberté par l’apport financier des Borden. Maggie se lie d’affection avec Lizzie. Elle lui redonne confiance en elle, tout en lui injectant la force nécessaire pour pouvoir agir contre la cruauté de ses parents. Elles vont alors s’allier pour infliger aux (ex) Borden ce qu’ils méritent…

La difficulté pour cette saison est que le drame englobe un « seul » massacre. Sarah Adina Smith et Max Winkler vont devoir étirer la tuerie en huit épisodes.
Pour pouvoir remplir le cahier des charges de Monstre, cette saison nous offre des scènes gore, des reconstitutions représentant la manière avec laquelle pourraient mourir les cibles de Lizzie et Maggie. Tout comme la présence d’un personnage tertiaire tout aussi diabolique, pour pouvoir donner aux spectateurs ce qu’ils sont venus voir, sans être limité par l’unique séquence de tuerie.
Enfin, l’après-massacre positionnera Lizzie en tant que suspecte qui niera en bloc, malgré ses incohérences, pour finalement être acquittée. Elle fera néanmoins toujours planer le doute, surtout aux yeux de sa sœur : Emma (Billie Lourd). Sans bien sûr oublier que Smith et Winkler vont pouvoir développer non seulement la progression des deux femmes vers l’accomplissement de leur objectif, mais aussi des messages défiant la moralité, notamment par la découverte d’une troisième femme…
DEUX TUEUSES EN SÉRIE POUR UN COMBAT LÉGITIME
Les cinéastes communiquent entre deux époques : celle de Lizzie et celle d’Aileen (Sarah Paulson) prenant place dans les années 1980. Une adoratrice de la tueuse en série à la hache qui s’avère être un exemple pour cette dernière, en tuant elle aussi ceux qui l’ont poussée à commettre ses sentences. En effet, Aileen Wuornos est également connue pour tuer ses agresseurs. Elle a notamment eu une adaptation au cinéma sur sa tragique vie, réalisée par Patty Jenkins, sous les traits de Charlize Theron, ayant d’ailleurs reçu l’Oscar de la meilleure actrice dans un premier rôle pour sa performance dans le film Monster (2004).
Tout comme dans L’Histoire de Jeffrey Dahmer, Ryan Murphy va avoir une manière qui peut être à juste titre controversée en faisant du meurtrier une vedette qu’il iconise. Dans le récit de Lizzie Borden, même si c’est elle qui abattra ses parents de multiples coups de hache dans un déferlement de rage et de violence, on va pourtant paradoxalement la voir comme victime plutôt que coupable. Comme la légitime défense, elle va en quelque sorte supprimer les monstres qui hantent sa vie. De la même manière qu’Aileen qui exécute ses agresseurs, mais qui sera condamnée à mort sans que l’on prenne en considération l’horreur qu’elle a subie. On va alors être pris d’empathie envers elle ainsi que Lizzie. Car elles ont toutes les deux souffert de l’oppression masculine (tout comme Maggie), étant avant d’être des tueuses, des victimes qui ont agi pour leur liberté et leur justice.
Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden rend une copie plutôt correcte, sans être à la hauteur de la qualité de la première saison. Nous aurons quelques fulgurances, notamment la dernière partie de l’épisode 4 : RIP (repose en pestilence) Abby Borden. Un passage doté d’une construction maîtrisée, menée par Sarah Adina Smith en façonnant le basculement du rapport de force entre Abby et Lizzie, avant que cette dernière adresse à sa belle-mère les multiples coups de hache dans une colère libératrice.




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