
Inutile de vous rappeler l’impact et l’influence de Taxi Driver, qui a notamment inspiré Joker (2019). Une œuvre qui a remporté la Palme d’or en 1976, mais qui a surtout scellé la collaboration légendaire entre le cinéaste Martin Scorsese et l’acteur Robert De Niro, débutée avec Mean Streets, sorti en 1973. En 2026, les deux hommes comptent dix films en commun. Un chiffre impressionnant pour une filmographie grandiose construite au fil de leur longue amitié.
–Spoilers–
Dans Taxi Driver, nous suivons bien plus que Travis, joué par De Niro, car le métrage expose le traumatisme américain causé par la guerre du Vietnam, qui se termine en 1975. De plus, le film sort quasiment en même temps que la fin de cette période sombre de l’histoire américaine, ce qui rend cette œuvre d’autant plus impactante et pertinente.
Travis cherche du travail, ne pouvant dormir. Il se propose pour devenir taxi. Une activité qui lui permet d’exercer la nuit, profitant ainsi de ses insomnies. Le souci, c’est que New York regorge de violence et de réseaux criminels. Cette atmosphère est en adéquation avec l’état de l’Amérique défaite lors de sa dernière guerre. Travis est donc à bord de son taxi jaune new-yorkais, non pas seulement en étant un transporteur de clients, mais aussi un spectateur de la ville, majoritairement pendant la nuit.
Des lumières venant des panneaux lumineux, du bokeh hors de la profondeur de champ ou à travers les reflets de la pluie, de la fumée tapissant les trottoirs sales. Tout cela permet de capter l’énergie nocturne de New York dépeinte par Martin Scorsese, tel un tableau que chacun de nous pourrait, tout comme Travis, contempler.

MOITIÉ RÉEL, MOITIÉ FICTION
La musique très identifiable du métrage est due au thème composé par Bernard Herrmann, traduisant les questionnements que nous propose Scorsese : sommes-nous dans une réalité ou dans une fiction ? Les premières sonorités accompagnant l’ouverture de Taxi Driver viennent percer la fumée opaque avant que les yeux de Travis apparaissent à l’écran, déclenchant la perception du protagoniste par la mélancolie du saxophone, presque sensuel. Comme si cette balade musicale permettait de l’apaiser, tel un antidépresseur pour sa psyché instable, avant que cet accord de cuivre menaçant, ainsi que le retour de la caisse claire entendue dès le début, rompent le calme pour revenir à la réalité.
De plus, même s’il n’est pas explicite, on pourrait assimiler cette perception fictive de Travis à l’intérieur même de son outil de travail. En effet, les clients du personnage de De Niro nous permettent de nous interroger sur ce qui est irréel ou ce qui est simplement issu d’une coïncidence. Par exemple, le candidat Palantine (Leonard Harris), lié à Betsy (Cybill Shepherd), habitué aux limousines, se retrouve comme par hasard dans le véhicule de Travis. Ensuite, la scène qui allie terreur et folie humaine, jouée nul autre que par son propre réalisateur, Martin Scorsese, pourrait être une retranscription de ce qui se passe dans la tête de Travis. À l’inverse, je pense que ce réseau tenu par le criminel Sport (Harvey Keitel) est réel, car le développement semble beaucoup plus concret et donc réaliste. Notamment par sa rencontre avec Iris (Jodie Foster), qu’il va vouloir aider afin de pouvoir sortir de cet état d’observation pour agir.
Il va également vouloir rencontrer Betsy, l’observer de manière un peu trop insistante, puis finalement l’inviter à faire connaissance. Cependant, les agissements de Travis le ridiculisent et l’isolent, avant que son attirance envers les armes ne vienne parfaire sa métamorphose physique (première image au-dessus), révélant une volonté active après avoir délaissé sa passivité.
C’est alors que la bombe à retardement explose, en conséquence du mal emmagasiné précédemment par le protagoniste, déversant une ultraviolence pour pouvoir sauver Iris. Une séquence incroyable, tellement en avance sur son temps graphiquement, que Scorsese devait rendre son sang moins hémoglobineux. Pour ce faire, l’étalonnage a permis de passer du rouge au marron, pour pouvoir censurer la violence, qui reste néanmoins très efficace et très marquante.
Enfin, après avoir accompli quelque chose de bien malgré ses tueries, Travis se remet en chemin et vogue à travers les rues new-yorkaises. Dans son rétroviseur apparaît Betsy, cette fois non pas de manière violente, mais apaisante. Travis poursuit sa route, accompagné par le thème musical qui confirme l’hallucination.





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