Pixar Animation Studios, un nom presque drôle quand on sait qu’à l’origine la boite vendait des ordinateurs puissants aux hôpitaux simplement dans le but d’afficher des corps en 3D. Il faut croire que le destin vous ramène toujours sur la bonne voie puisqu’en 86, alors que les affaires vont très mal pour Pixar, John Lasseter signe des contrats avec plusieurs marques pour réaliser des publicités en 3D. Un succès immédiat bien plus fructueux pour Pixar, qui décidera donc d’abandonner quelques années plus tard sa division informatique, non seulement pour se concentrer uniquement sur l’animation, mais surtout pour éviter à Pixar la banqueroute, proche de la faillite. C’est aussi à cette période qu’ils signent leur contrat le plus important avec la compagnie aux grandes oreilles, Walt Disney Pictures.

1995, à une période où les souris pour ordinateurs n’existaient pas. Pixar sort son premier long-métrage : Toy Story. Aujourd’hui considéré comme LE film d’animation. Il est, déjà à l’époque, un immense succès qui rapportera plus de 3 fois son prix de production et engrangera alors un raz de marée de produits dérivés destinés aux enfants du monde entier. Bref, Pixar avait de l’or dans les doigts et Disney dans leurs poches. Toy Story 2 (1999), Le Monde de Nemo (2003), Les Indestructibles (2004), Cars (2006) et enfin Ratatouille en 2007. Chacun de ces films récompensés par le prix du meilleur film d’animation aux Oscars, à l’exception de Cars et Toy Story 2 qui se contenteront d’un Golden Globe.

Andrew Stanton, qui avait déjà réalisé Nemo et 1001 Pattes (1998) quelques années auparavant, rempile pour un long-métrage dont l’idée lui était déjà apparue 15 ans plus tôt. C’est donc le 27 juin 2008 (30 juillet en France) que les salles voient débarquer la dernière merveille signée Pixar : WALL-E.

Rouleaux, Boulot, Dodo

WALL-E… qui roule, j’imagine.

WALL-E, Waste Allocation Load Lifter : Earth-Class ou Compacteur de déchets terrien en français est un petit robot dont la fonction principale est de nettoyer la terre de tous ses débris. Une terre désertée par les humains eux-mêmes, bien à l’abri, située à des millions de kilomètres d’ici dans l’espace.

Le film se divise en deux parties, la première se déroule sur terre et présente la vie de Wall-E qui consiste simplement à se lever de bon matin, faire des tours de déchets, récolter des objets en tout genre et rentrer chez lui regarder en boucle sa comédie musicale favorite, et ce, tous les jours jusqu’à l’interruption causée par BnL et la première apparition de Eve. La seconde, elle, se déroule dans l’espace et plus précisément à bord de l’Axiom, l’un des nombreux vaisseaux envoyés par BnL il y a de ça environ 700 ans. Je vous épargne le résumé du film que vous avez sûrement déjà vu et si ce n’est pas le cas, je vous invite à le découvrir au plus vite avant de continuer la lecture de cet article.

WALL-E est donc un film d’anticipation et de science-fiction postapocalyptique. Un mélange efficace mais convenu. Cependant la force du film s’affirme surtout dans sa mise en scène ainsi que dans l’écriture subtile de son personnage principal qui, sans un mot, est capable de générer l’empathie en toute circonstance. Un véritable coup de maître qui, selon moi est dû à :

  • Les sons : WALL-E n’est peut-être pas capable de s’exprimer avec des mots, mais il a tout de même un retour vocal selon son humeur ou ses expressions. Une réussite que l’on doit au travail formidable de Ben Burtt, monteur, réalisateur et sound designer ayant déjà opéré pour un bon nombre de films, dont son œuvre la plus connue est sans aucun doute Star Wars. Vous voyez des similarités entre le son de R2-D2 et celui de WALL-E ? C’est parfaitement normal.
  • La musique : ce qui me laisse l’occasion de parler du génial, fantastique, génie Thomas Newman. Auteur et compositeur depuis 1984, qui a depuis conquis le monde du cinéma à travers ses nombreuses œuvres. Les plus marquantes selon moi étant American Beauty, Le Monde de Nemo, Les Orphelins Baudelaire, tout ce qu’il a fait pour la franchise James Bond et bien entendu le film d’aujourd’hui : Wall-E. La façon dont il est capable de noyer le spectateur dans une légère solitude pleine d’espoir est probablement ce qui fait de WALL-E un grand film.

Nous avons donc la technique de Pixar associée à un metteur en scène talentueux et à un duo sonore légendaire, la recette parfaite pour un bon film. Et ça n’a pas raté.

EVEEEEUUUUUUUUUUU

« Je ne vois plus rien, Eve. »

WALL-E démarre doucement et prend le temps d’introduire son univers et ses personnages. Bousculé par l’arrivée d’Eve, il change rapidement de cap et se dirige donc vers les étoiles. C’est ici que le film prend tout son sens, introduisant ce qui reste de l’humanité, il permet au spectateur d’avoir un regard sur un potentiel avenir. Une vision morbide où l’humain n’est plus qu’un sac de chair, incapable de se déplacer, de communiquer et de réfléchir. Assistés par les robots, ils semblent presque maintenus en vie par principe. Un maintien si long que plus personne à bord, y compris le capitaine, n’est capable de décrire la Terre. Alors loin de moi l’idée de vous balancer « On vit dans une société », mais je souhaite tout de même souligner que le film est sorti en 2008 et a probablement été écrit bien des années auparavant.

L’histoire qu’Andrew raconte met évidemment en parallèle la déshumanisation des êtres humains contre la sensibilité des machines, mais surtout de savoir comment les hommes se sont enfermés dans leur routine confortable alors qu’un robot dont la fonction est programmée devient capable de briser ses propres codes pour sauver le monde. Pour appuyer son propos, WALL-E va utiliser des éléments du réel et les transposer à son univers, non seulement pour les parodier mais aussi pour pointer du doigt. BnL (Buy n Large) représentant ici n’importe quelle corporation avide d’argent et de pouvoir au prix du consommateur et de la planète.

Pendant son parcours à bord de l’Axiom, le petit robot à chenilles va littéralement bousculer la vie de deux humains, John et Mary. Leur permettant ainsi de leur rappeler que la vie ne se passe pas seulement sur un aéroglisseur caché derrière un écran.
Seulement, le vrai pouvoir de Wall-E n’est pas d’avoir ramené les humains sur Terre.

Le meilleur moment pour planter un arbre c’était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment c’est maintenant.

WALL-E prouve au travers de son récit qu’il n’est jamais trop tard, qu’il s’agisse de l’environnement ou bien d’une quête personnelle. Il n’y a pas de meilleur moment pour agir. Si vous pouvez le faire maintenant, alors faites-le.

Si le film fonctionne si bien, c’est parce que, comme la plupart des Pixar, le film possède une multitude de doubles sens. Le rendant à la fois accessible aux enfants comme aux adultes. WALL-E fonctionne parce qu’il est drôle, mignon, accessible et introduit même une histoire d’amour impossible entre deux robots dont la classe est visiblement très différente. Ses nombreuses références font de lui un film inspiré ET inspirant et selon moi, le meilleur film Pixar de tous les temps qui marque également la fin de ce que j’aime à appeler la « Classic Era Pixar » se situant entre 1995 et 2008.

Alors voilà, la fin du mois des Pixar est arrivée mais il reste encore une question en suspens : quel est VOTRE Pixar préféré et surtout, pourquoi ?
En attendant votre réponse, je retourne hiberner pendant environ 6 mois, à bientôt !