Avant d’être un film, La Route est un roman de Cormac McCarthy. Écrit en 2006, l’œuvre ne raconte pas la vie de Black M, mais bien l’histoire d’un père et de son fils. Trois ans après sa sortie, John Hillcoat réalisera un film au titre presque identique, The Road, avec Viggo Mortensen en tête d’affiche. 

L’histoire nous projette dans un monde de désolation et d’anthropophagie. On y suit le périple d’un père (Viggo Mortensen) et de son fils qui, voulant atteindre des latitudes plus chaudes, tentent par la même occasion d’éviter de finir en smash burger steak mâle blanc 45 ans. Pour ce faire, ils vont suivre la fameuse route qui leur fera traverser une Amérique ravagée par l’apocalypse. 

La vraie réussite du film est l’ambiance qu’il impose et l’état émotionnel dans lequel il réussit à plonger le spectateur. L’atmosphère est pesante, il fait gris, il pleut, il fait froid, les gens meurent. Les personnages ne vont pas bien et on va mal avec eux. Les couleurs, assez monotones, accentuent cette impression de monde réduit à une survie difficile et douloureuse. La colorimétrie, en partie liée à ma télé médiocre, s’explique aussi par la bonne idée de tourner la majeure partie des plans à Stalingrad (en réalité dans des forêts entièrement incendiées). Le deuxième aspect est bien entendu l’histoire en elle-même. Les évènements sont durs et chaque interaction du film vient renforcer cette brutalité. On rencontre des gens, chouette, ils seront peut-être aimables ?! Raté, ce sont des cannibales. Tant pis, cela devait être car ce ne sont que des hommes, peut-être que cette maison qui respecte la loi Copé-Zimmerman sera plus accueillante ? Toujours pas, ils ont un élevage d’humains dans leur cave. Peut-être qu’au moins ces gens hostiles seront solidaires entre eux ? Encore raté : si l’un d’entre eux meurt, il est mangé comme les autres. En bref, on ne cesse d’être balloté entre l’horreur et la monstruosité. On ne fait plus face à la loi du plus fort, mais à une humanité réduite à sa condition la plus abjecte, la perte de son humanité. Cette impression atteint un pic lorsque le père, après une heure de film à expliquer à son enfant qu’il est dans le camp du bien, force un vagabond à se déshabiller entièrement pour mourir de froid.

Copyright Metropolitan FilmExportStars Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPheeFilm La Route

Un point qui apparaît un peu incomplet est le rôle que joue la mère dans le film. Elle apparaît trois fois puis meurt. On a alors l’impression qu’elle ne joue pas vraiment de rôle, si ce n’est d’être là pour rajouter une tartine de tristesse au lieu d’apporter quelque chose dans l’histoire.

Cela dit, le suicide de la mère a au moins le mérite de faire écho à la thématique essentielle du film, l’absurdité. Pourquoi continuer à se battre alors que l’issue probable sera la mort (par épuisement ou dans un estomac) ? La question est omniprésente dans le film, que ce soit par les cadavres pendus ou par les balles que garde Viggo Mortensen dans son revolver tout du long. Les personnages ont du mal à trouver du sens puisqu’ils passent plus de temps à « survivre » qu’à vivre. Un peu à la manière de Sisyphe, la vie du père et de son fils tourne entièrement autour d’un chariot qu’ils doivent pousser. La vie se résume au fait de collecter des aliments, de les stocker, d’en trouver des nouveaux, puis de devoir les transporter. Il y a bien cet objectif d’atteindre le sud, mais une fois atteint, que se passerait-il ? Les terres sont stériles et les animaux morts, il faudrait de nouveau chercher des vivres et continuer le même cycle. Les personnages semblent aliénés par ce caddie qui symbolise leur vie et leur fardeau.

On se retrouve alors avec une tragédie qui nous présente le sens de la vie comme une manière de refuser la fatalité et la cruauté dans un monde qui ne se résume pourtant qu’à ça. Absurde ? Globalement. En tout état de cause, La Route est une tragédie efficace qu’il est préférable de ne pas regarder après la perte d’un proche ou tout autre évènement traumatique.