
Snowpiercer est le premier film en anglais de Bong Joon-Ho. Pour ses grands débuts internationaux, le réalisateur a choisi d’adapter une BD française sur la lutte des classes.
2013 fut une année particulière pour le cinéma coréen. En effet, trois de ses plus grands réalisateurs ont sorti un film produit par des studios américains :
- Park Chan-Wook (Decision to leave (2022) / aucun autre choix (2026)) sortait Stoker.
- Kim Jee-Woon (J’ai rencontré le diable (2010)) sortait Le dernier rempart .
- Bong Joon-Ho (Parasite (2019) / Mickey 17 (2025)) sortait Snowpiercer.
À l’origine, Le Transperceneige est une bande dessinée française créée par Jacques Lob et Jean-Marc Rochette qui présente un monde post-apocalyptique où l’humanité se serait réfugiée dans des trains pour se protéger d’une période glacière. Ces trains sont organisés de telles sortes que les pauvres sont en queue alors que les riches habitent les wagons de tête. À la suite d’une pandémie, Proloff, un habitant des wagons de queue, sera amené à avancer dans le train pour enquêter sur les événements.
Bong Joon-Ho, dont la filmographie est toujours teintée de marxisme et de lutte des classes, a évidemment été attiré par cette histoire dystopique condensant la société dans un train. Toutefois, Snowpiercer est loin d’être une adaptation fidèle du Transperceneige. Dans la BD, il y a plusieurs trains, alors que dans le film, il n’y en a qu’un. L’œuvre originale nous fait suivre Proloff, un enquêteur, là où le film suit Curtis, un révolutionnaire qui voudra renverser l’ordre établi (un mix entre Proloff et Adeline).
Le réalisateur n’a repris que l’essence de la BD et s’est totalement approprié l’histoire pour raconter son Transperceneige, ce qui en fait déjà une très bonne raison de s’y intéresser et de regarder les deux œuvres !
Des symboliques partout
Bong Joon-ho s’amuse à la réalisation ! Grâce à la forme longiligne du train, le réalisateur coréen adapte sa mise en scène et ne filme presque qu’à hauteur d’homme ou au sol. Il y a très peu de plans en plongée (ou contre plongée) : la réalisation est particulièrement horizontale. Certes, cela se justifie par la forme du train mais cela vient aussi marquer la rupture sociale montrée dans le film.
En effet, là où le train est une métaphore de la société, de ses classes et de ses rapports verticaux, le mouvement animé par Curtis, lui, est horizontal et a justement pour but de détruire cette hiérarchie verticale en ramenant tout le monde au même niveau.
Au-delà d’un symbolisme formel, Bong Joon-ho parsème son récit de marqueurs du fascisme et du culte de la personnalité. Wilford, le gourou/conducteur du train, utilise des vidéos et chansons de propagandes pour instruire les enfants dès le plus jeune âge. Il y a des saluts particuliers, une milice qui contrôle les gens, même la nourriture est un marqueur social contrôlé par la figure d’État du train… Tout amène au thème récurrent du réalisateur : le marxisme et la lutte des classes. Les classes populaires doivent se réapproprier les moyens de productions contrôlés par la classe bourgeoise.
C’est exactement ce que l’on voit dans ce film avec un groupe de révolutionnaire, qui remonte les wagons pour tenter de reprendre le contrôle du train.

Un casting de rêve
Chris Evans (Captain America) a peut-être eu avec Snowpiercer un de ses meilleurs rôles au cinéma. Loin d’être un simple bourrin, Curtis se révèlera être un homme en quête de rédemption et jouera sur plusieurs registres (permettant à Chris Evans de montrer son talent d’acteur).
Mais l’acteur principal est loin d’être le seul à briller durant le film et peut compter sur une galerie de personnages secondaires tous plus mémorables les uns que les autres. Notamment grâce au talent de Jamie Bell (Billy Elliott (2000)), Octavia Spencer (La couleur des sentiments (2011)), John Hurt (Elephant Man (1980), Alien (1979)), mais surtout Song Kang-Ho (Memories of Murder (2003), Parasite) et Tilda Swinton (Michael Clayton (2007), Moonrise Kingdom (2012)) en roue libre qui joue une dirigeante de milice ivre de pouvoir et complètement folle à la perfection

Sans spoiler le dénouement final, Bong Joon-ho accouche d’un message moins binaire que dans le reste de sa filmographie. Certes, la classe dominante est néfaste pour la classe dominée, mais parmi les membres du wagon de queue, tous ne sont pas d’accords avec les moyens mis en œuvre par Curtis et tous n’ont pas intérêt à ce que les classes populaires s’élèvent socialement…
Avec Snowpiercer, Bong Joon-ho réalise un film d’apparence simple, de l’action dans un train qui se révèle être bien plus complexe et profond qu’il n’y parait de loin. Véritable fresque sur la lutte des classes, Snowpiercer parvient à jongler entre le blockbuster américain et le film d’auteur coréen en permanence sans basculer dans le manichéisme facile : un très grand film et une des meilleures dystopies des 20 dernières années.




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