Est-ce que vous connaissez l’Analog Horror ou Horreur Analogique en Français ? Au début des années 2010 la montée en flèche de YouTube voit débarquer une multitude de créateurs de contenu horrifique. La plupart maintenant oubliés mais de cette époque réside toujours un bon nombre de projets comme Marble Hornets, une mini-série inspirée de la creepypasta Slender-Man. Local 58, une autre série en douze épisodes basée sur la creepypasta Candle Cove. Ou encore Ben Drowned qui elle est directement inspirée de la creepypasta du même nom.

Toutes ces séries ayant un point commun puisqu’elles passent toutes par le prisme de « l’horreur analogique », un concept simple qui consiste juste à utiliser ou simuler des vieux caméscopes ou autres télévisions cathodiques, en clair, tout ce qui relève de l’enregistrement à l’ancienne de basse qualité et non pas numérique comme pour beaucoup des productions audiovisuelles qui sortent aujourd’hui. Si cela peut sembler un peu étrange voire carrément insignifiant pour un bon nombre de personnes, il est peu dire que pour des gens de mon âge qui sont donc nés entre 2000 et 2005 (à la louche), le genre à presque fait parti des piliers de notre éducation au cinéma d’horreur. Il est possible cependant d’avoir vu du cinéma d’horreur analogique bien avant puisque certains considèrent (à raison) que des films comme The Blair Witch Project (1999) ou bien encore [•REC] (2007) rentrent parfaitement dans le cadre « analogique ».

En 2017, le vidéaste canadien Kyle Edward Ball ouvre sa chaîne YouTube Bitesized Nightmares dans le but de réaliser des courtes vidéos inspirées de véritables cauchemars racontés par les internautes directement sous les commentaires de ses vidéos. Il réalise alors après une trentaine de courts qu’un sujet revient très souvent, à savoir : Les enfants bloqués dans leur propre maison, épiés par un monstre.

En Juillet 2020 Kyle met en ligne une vidéo qui sera la porte d’entrée pour le film d’aujourd’hui. Intitulée Heck, le court-métrage de près d’une demi-heure raconte l’histoire d’un enfant qui se réveille au milieu de la nuit en entendant la télévision de sa mère. Un court très intéressant bien qu’un peu trop expérimental que je vous invite tout de même à découvrir. Le succès de Heck mènera donc trois ans plus tard à une version longue diffusée au cinéma et dans le monde entier. Kyle Edward Ball accouche d’un film qui aura fait beaucoup de bruit et pas forcément pour les bonnes raisons, à savoir Skinamarink.

IN THIS HOUSE.

Skinamarink raconte cette fois-ci l’histoire de deux enfants à savoir Kevin et Kaylee, deux frères et sœurs qui se réveillent au milieu de la nuit pour constater que TOUTES les fenêtres ont disparu ainsi que la porte d’entrée. Ce n’est pas tout puisqu’en plus d’être bloqués à l’intérieur de la maison, les deux enfants constatent également que leurs parents sont bien à l’intérieur dans leurs chambres mais qu’ils ne semblent pas être capables de se réveiller.

La majeure partie du film se déroulant donc dans le salon, éclairée par la seule lumière émanant de la télévision, puisque les deux enfants semblent être effrayés de l’étage et de ce qu’ils peuvent y trouver. Suite à ça, c’est une série de sons et d’images qui vont du mystérieux au carrément flippantes qui défileront tout au long du film. Un film tout ce qu’il y a de plus classique me diriez-vous. Et vous auriez tort. Si le film a autant fait parler de lui c’est parce que Kyle Edward Ball décide pendant ce film de ne jamais filmer ses sujets pleinement, ils n’apparaissent que très peu à l’écran et les visages sont parfaitement invisibles durant l’entièreté du métrage. Une décision contestée par bon nombre de spectateurs qui n’ont vu là qu’une tentative de marketing et/ou de « cache-misère » concernant le budget du film.

Mais que voit-on durant la majeure partie du film ? Une succession de plans désaxés, de gros plans sur des moquettes, des coins de murs ou la télévision surexposée qui diffuse à longueur de journée des cartoons plus vieux que vos grands-parents. Je réalise que ce n’est pas très vendeur mais après tout, c’est du cinéma et le cinéma est une multitude de propositions plus ou moins barrées. Skinamarink réutilise donc tous les tropes horrifiques que l’on trouvait déjà très tôt sur YouTube. Un merveilleux exemple de l’ingéniosité du film est la caméra low-res qui filme constamment des endroits sombres et qui implique forcément énormément de bruit dans l’image qui va servir notre imagination tout le long du film, forçant notre cerveau à imaginer des formes ou des visages qui n’existent pas forcément.

Feldup core.

Vous l’aurez compris, les retours critiques de Skinamarink n’ont pas tout à fait été à la hauteur des attentes de Kyle et son équipe. En réalité les avis ne sont pas réellement dans le rouge puisque de manière générale la note du film se situe à la moyenne ou légèrement en dessous.

En réalité cet article ne devait pas voir le jour. Cependant quand j’ai découvert le film pour la première fois j’ai tout de suite pensé à rédiger un petit quelque chose et le titre de ce chapitre n’est pas qu’une simple blague. Si la chaîne YouTube de Feldup fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il a passé une bonne majorité du temps a remonter des souvenirs d’enfance qui ont façonnés, pour bon nombre d’entre nous, nos premiers rapports à l’horreur. Nos parents faisaient des pieds et des mains pour aller voir Massacre à la tronçonneuse au cinéma, pendant que notre génération consommait des vidéos d’horreur accessibles gratuitement et en nombre colossal sur Internet.

Skinamarink est le résultat de toutes ces années de contenu disponible un peu partout et est en quelque sorte un hommage. Évidemment qu’il ne conviendra pas à tout monde dans la mesure ou la mise en scène très particulière ne fait écho qu’a toutes ces courtes vidéos mises en ligne qui n’étaient pas destinées à se retrouver sur grand écran. Si Skinamarink n’a pas su convaincre une majorité ce n’est en revanche pas le cas de toutes les œuvres audiovisuelles horrifiques que l’on retrouvent au cinéma. Exit 8 sortie quelques mois plus tôt est un film tiré d’un jeu qui lui même reprend les codes des Liminal Spaces, point de départ de la creepypasta autour des Backrooms et qui lui à reçu un bien meilleur accueil (bien qu’encore un peu divisé, mais moins). Ce n’est d’ailleurs pas anodin de mentionner les Backrooms puisqu’un film dénommé « The Backrooms » sortira plus tard cette année et sera d’ailleurs réalisé par Kane Parsons, le jeune adulte à l’origine de l’explosion du phénomène.

Voilà, c’est tout pour Skinamarink. J’espère que vous avez passé de bonnes fêtes et je vous souhaite une super année 2026, à la prochaine.