Copyright 20th Century Studios Stars Rachel McAdams Film Send Help

Le retour de Sam Raimi au cinéma comico-horrifique, et c’est pour le moins réussi ! Dix-sept ans après la sortie de Drag Me to Hell (2009), le cinéaste américain, réalisateur des trilogies Evil Dead et Spider-Man, revient en force avec Send Help, comédie horrifique loufoque entre survival et revanche sociale qui tire à balles réelles sur le patriarcat, le capitalisme et la dynamique hiérarchique. 

Après un court passage chez Marvel Studios en 2022 (avec un Doctor Strange and the Multiverse of Madness sympa mais très calibré Marvel), le créateur de la jouissive trilogie Evil Dead revient à ses premiers amours avec Send Help, qui met en scène Linda Liddle (Rachel McAdams), cadre ultra-compétente mais excentrique et maladroite, qui s’est vu promettre une promotion en tant que vice-présidente de sa société par son ancien patron, mais qui se retrouve humiliée par le nouveau, Bradley Preston (Dylan O’Brien), arrogant, macho et cynique, qui profite de sa position pour la reléguer au second plan et faire évoluer ses copains.

À la faveur d’un accident d’avion lors d’un voyage d’affaires en route vers Bangkok, Linda et Bradley se retrouvent coincés sur une île déserte du golfe de Thaïlande, et n’auront pas d’autre choix que de coopérer pour survivre. Le rapport de force va alors s’inverser entre les deux protagonistes : vivant seule avec son oiseau et très grande amatrice d’émissions de survie à la “Koh-Lanta”, Linda va apprendre les rudiments de la survie en milieu hostile à un Bradley déboussolé et incapable de se débrouiller par lui-même.

Au premier abord, Send Help ressemble à un survival qui dépeint deux protagonistes que tout oppose et que les circonstances vont finir par rapprocher. Bradley est blessé, Linda s’empresse de le soigner et de concocter des méthodes de survie en s’inspirant de ce qu’elle a appris, et ils se confessent profondément autour d’un feu. Mais Sam Raimi s’amuse à brouiller les pistes, à jouer sur le changement de dynamique entre Linda et Bradley et sur cette violence psychologique qui s’installe au fur et à mesure. Résultat, un climat anxiogène finit par s’installer, sous un ton tragi-comique qui fait la particularité du style de Sam Raimi.

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Dans sa mise en scène, le cinéaste américain prend plaisir à s’éclater au maximum, et revient donc au cinéma de ses débuts, c’est-à-dire à cette horreur mi-loufoque, mi-flippante, mais toujours avec énormément de générosité et de sang. Dans sa critique du système capitaliste, Raimi dresse dans Send Help deux mondes totalement opposés et les met face à face, celui ultrapolicé et superficiel du monde du travail, et l’autre sanglant et crasseux. Plastiquement parlant, la différence est frappante, entre ce début de film presque immaculé dans l’image, où la personnalité de Linda fait tâche, avant de basculer dans les effusions de sang, où cette fois Bradley semble hors du temps et de l’espace.

Toute la panoplie de ce qui fait la renommée du cinéma de Sam Raimi prend forme dans Send Help (très gros plans, caméra subjective agressive, déformations avec des angles exagérés), avec cette culture du «too much» et du grotesque qui la caractérise mais qui fait aussi de Sam Raimi un cinéaste généreux et communicatif. Ce sens du kitsch assumé et cette énergie «cartoonesque» teintée d’horreur irradient le film d’une énergie contagieuse. Le film n’est pas parfait, loin de là, mais est une série B ultra-divertissante et généreuse, qui traite la violence de l’ultracapitalisme de manière burlesque et sadique, ce qui en fait un long-métrage très efficace. Un retour bienvenu de Sam Raimi à son genre de prédilection.