Nouvelle adaptation du roman éponyme de Stephen King publié en 1982, et qui fait suite à la première ébauche de Paul Michael Glaser en 1987 avec Arnold Schwarzenegger, The Running Man est un projet de longue date du réalisateur britannique. Si le long-métrage d’Edgar Wright se veut plus proche du roman d’origine, le cinéaste se perd dans sa mise en scène, peu aidé par un script faible. Pas un mauvais film, mais bien loin d’en être un bon.

Les adaptations des romans de Stephen King foisonnent ces dernières années. The Monkey d’Oz Perkins, tiré de la nouvelle Le Singe, est sorti en début d’année, tout comme The Long Walk de Francis Lawrence, basé sur le roman Marche ou crève. Depuis 2017, Edgar Wright avait annoncé sa volonté de réadapter le roman de Stephen King, roman dystopique futuriste se déroulant dans des États-Unis au bord de l’implosion. Une thématique puissante qui résonne à merveille à l’heure actuelle.

Blockbuster furieux mais aseptisé

Le roman de Stephen King suit l’histoire de Ben Richards, jeune père à l’agonie qui ne peut subvenir aux besoins de sa famille et est blacklisté de tous les postes possibles. Quand sa fille tombe gravement malade, il décide de participer à un violent et sadique jeu télévisé, The Running Man, pour mettre sa famille à l’abri. Pendant un mois entier, tout le pays peut le traquer et le tuer.

Le propos du bouquin reste le même par rapport à la version de 1987, et l’adaptation du réalisateur britannique se veut même plus fidèle en reprenant la trame du livre de Stephen King, là où le film avec Arnold Schwarzenegger se permettait quelques dérives. Ben Richards est un homme en colère, qui peine à survivre et à soigner sa fille dans une société autoritaire, inégalitaire et injuste. Le synopsis a tout pour nous proposer quelque chose d’engagé, de politiquement acerbe compte tenu du style comico-satirique d’Edgar Wright qui l’a fait connaître sur ses précédents films. Mais… pétard mouillé.

Si le film n’est pas mauvais, et si la portée politique du roman est bien présente, Edgar Wright n’en fait malheureusement pas grand-chose et son propos, aussi engagé soit-il, se dilue dans un artifice d’images et un enchaînement de scènes d’action (certes maîtrisées). Même le style visuel du réalisateur, si frappant et caractéristique, disparaît au profit d’un blockbuster visuellement lambda, qui peine à se différencier de la masse de films d’action aseptisés que bon nombre de studios produisent aujourd’hui. La colère du protagoniste est bien présente et ressentie, mais reste dans l’ombre, la faute à une mise en scène qui en oublie d’intégrer cette portée politique avec plus d’impact.

Glen Powell dans Running Man (2025). PARAMOUNT PICTURES
Écriture digne d’une IA

Ce qui est un comble pour un réalisateur connu pour sa mise en scène et son montage énergiques. Ce qui fait malheureusement la faiblesse de ce blockbuster plein d’action, c’est également son écriture, pataude, laborieuse et qui semble même parfois inexistante. Sans entrer dans les détails pour ne pas divulguer, l’écriture du film se morfond dans des sous-intrigues et des situations parfois ubuesques, parfois inintéressantes. Résultat, le film ne semble pas avoir de ligne directrice claire, d’épaisseur et de consistance.

Certains personnages sont également écrits avec peu de substance et les critiques sur les personnages secondaires d’Edgar Wright, notamment féminins, trouveront encore plus de fondement ici. Celui de Sheila Richards (jouée par Jayme Lawson), femme de Ben Richards, est carrément relégué au second plan alors qu’elle aurait mérité d’être plus au centre de l’intrigue. Si les personnages de Josh Brolin et Lee Pace sont charismatiques, le reste des personnages secondaires sont sous-traités.

Blockbuster attendu (qui plus est réalisé par un réalisateur qui m’est cher), Running Man est un film d’action ni mauvais, ni bon, mais fade et aseptisé, peu marquant et qui en oublie presque la portée politique du roman qu’il adapte et la laisse en filigrane. Au final, le dernier bébé d’Edgar Wright est probablement le moins « Edgar Wright » des films d’Edgar Wright. Mais où est passé l’auteur ultra-inventif et acéré de Shaun of the Dead, Hot Fuzz, Scott Pilgrim vs. The World et The Worlds End ?