
Dans quelle dystopie vivons-nous ? C’est souvent la question que je me pose en regardant ces films. Sommes-nous plus proche de Soleil Vert (1973) , ou Blade Runner (1982) ? Rollerball est sûrement la plus plausible des dystopies. Dans un futur proche, un sport violent gagne en popularité dans les pays de l’ex URSS : le Rollerball. Jonathan en est le joueur numéro 1. Petrovitch le grand patron s’enrichit sur les paris sportifs et la diffusion TV. Une série d’accidents létal survenus pendant les matchs fait grimper l’audimat. Jonathan comprend que lui et son équipe vont être sacrifiés pour le show. En visionnant Rollerball, on peut rapprocher son univers de Robocop (1987) ou Starship Troopers (1997). Comme dans les films de Verhoeven, la critique des médias est virulente. Les spots de publicités, et les informations se rejoignent. Dans le premier, le monde est au bord de la révolte, dans le second il a sombré dans une dictature militaire mondiale. Ici, il est au bord de la révolte dans une dictature militaire. J’ai envie de placer Rollerball dans la même ligne de temps que ces deux autres films, mais dans un futur plus proche de nous.
Inspiré d’une nouvelle de 1973 et du film éponyme de Norman Jewison, Rollerball de 2002 actualise intelligemment le récit et le contexte politique du film de 1975. Dans l’original, nous vivons dans un univers contrôlé par des ultra riche, alors que la population sombre dans l’idiocratie. Dans le remake, le futur n’est plus que mines et paris d’argent. Quelques-uns engrangent toutes les ressources, provoquant la gronde d’un peuple à l’aube d’une révolution. C’est dans ce contexte et pour sauver sa bien-aimée qu’un héros se lèvera et fera tomber les tyrans. Une histoire simple, manichéenne, si l’on ne connaît pas bien McTiernan. Réalisateur de film d’action ayant redéfinit le genre, sa filmographie réfléchit au langage dans le cinéma et au positionnement de la caméra dans l’action. Il porte aussi un regard très amer sur les journalistes et la télévision dans sa globalité. Rollerball est une synthèse et aurait dut être la quintessence de son art. On y parle toutes les langues dans ce film et tout le monde ne se comprend pas. La caméra descend dans la mêlée entre les gladiateurs. La violence est brutale, comme dans un film de Kurosawa et une partie de la production est japonaise… Le montage est très nerveux et la B.O mélangeant métal et électro amène des moments d’anthologie, diégétique à certains moments, ultra diégétique à d’autre. La réalisation de McTiernan, sans les réinventer, propose de casser les codes du film d’action. En utilisant un montage mélangeant spots et images TV, caméra mobile et infra-rouge il porte un regard assassin sur la manipulation médiatique. Révolutionnaire, il appelle le peuple à sortir des écrans et à vivre la réalité de leurs propres yeux.
Le tournage est ambitieux, 70 millions de dollars, de longues semaines sur des rollers et dans le noir complet. Ce qui donnera une séquence très controversée filmée au nightshot pendant 5 minutes ! Le film est devenu célèbre pour ses coupes budgétaires en plein tournage, empêchant McTiernan de tourner les séquences comme il le désire. La séquence au nightshot devait durer 20 minutes et le dialogue sans casque sur la moto lancée à 200km/h n’aurait pas dû exister. Pareil pour certaines scènes de match où de la machinerie lui était enlevée au dernier moment, les jours de tournage raccourcis, l’empêchant de faire son travail. McTiernan voulait faire un Spartacus du futur, une œuvre épique de 3 heures, le dernier tiers du film ne sera jamais tourné. Le réalisateur pense qu’un producteur veut saboter le tournage. Il le met sous écoute.

En cours de montage, cela ne se passe pas bien. La production oblige McTiernan à amoindrir la violence et tourner de nouvelles scènes de dialogue. Tout se changements pour faire plaisir au public auront raison de l’œuvre. Il en sort un film d’action décousue, se perdant, se démotivant. Encore une preuve qu’écouter les goûts du public ne fait pas un bon film. Rollerball, à l’origine a fait sa réputation pour ses scènes de violence. Le remake l’est par son montage, certaines coupes font très mal et la plupart sont grotesques. On sent la censure, ce moment où tout le monde à abandonner le projet. Elle s’opère au milieu du film, les scènes d’actions manquent soudainement d’intensité, de logique d’espace. La ferveur de McTiernan disparaît, certains plans sont vraiment téléphonés, voir amateur ; comme la moto qui s’enflamme. Heureusement, la B.O d’Éric Serra fonctionne à merveille. Elle y pose une ambiance de folie, faisant ressentir la fatalité, l’ambiance anxiogène dans laquelle sont les personnages. Elle donne une grande identité au film. Il y a aussi le plaisir de voir Slipknot jouer pendant une révolution. Changer la musique au dernier moment en confiant le tout a Éric Serra aura été la
seule bonne idée des producteurs. Mais où sont passés les 70 millions de dollars ? C’est un budget confortable, même encore aujourd’hui. Le film a des mouvements de foule et beaucoup de cascade sans avoir recours à des SFX trop marquant. Peut-être le budget a-t-il été dépenser dans les flairs à l’image… Il y en a beaucoup, ils sont magnifiques et parfaitement maitrisés. C’est beau, dynamique, signature McTiernan. Si vous avez des informations sur comment le budget a été englouti, laissez un commentaire.
Tout au long du film, discrètement, McTiernan fait prendre une conscience révolutionnaire à son héros joué par Kris Klein. Tout juste sorti d’American Pie (1999) ce bel américain, ressemblant à Keanu Reeves et vivant dans un cocon doré ouvre petit à petit les yeux devant la misère comme dans une certaine histoire de l’Ancien Testament. C’est dommage que cela soit noyé entre les références aux rôles populaires des acteurs ou encore des explications d’intrigue totalement inutiles et maladroites imposé par la production. Ce parcours du feu du Héros Belle Gueule me rappelle Casper Van Diem dans Starship Troopers, en moins pertinent. Normalement McTiernan travaille ses narrations en induisant les informations dans les dialogues. Les personnages ne parlent jamais pour ne rien dire dans ses films. Ici, les dialogues sont téléphonés pour nous expliquer une intrigue qui n’existe pas, saccageant le film. En montage McTiernan voulait s’inspirer du cinéma russe des années 1920. Ces anciens montages recherchaient l’organique, la signification d’image au-delà de la narration. On en retrouve un peu dans sa manière de filmer la foule et surtout dans des jumpcuts incertains, quasi fébriles survenant toujours quand les personnages réalisent un danger, une vérité. Par ce travail, il montre et appuie l’évolution spirituel du personnage principal qui passe de Sportif Acclamé à Figure de la Révolution. La réalisation de McTiernan est ambitieuse, osée. Nous avons avec ce film, un cas presque expérimental de film d’action. Quand les séquences sont complètes, elles sont excellentes. Celle tournée au nightshot reste unique dans le cinéma, et juste pour ça, ça mérite que l’on voie ce film. Cela fait du bien d’être sorti de sa zone de confort en tant que spectateur. On n’avait peut-être pas eu quelque chose d’aussi osé depuis Eisenstein. Nous vivons dans cette dystopie. Pendant le tournage, McTiernan a fait surveiller un producteur soupçonner de vouloir saboter son film. Jonathan, notre héros soupçonne son sponsor de vouloir le tuer pour l’audimat.

Pendant le tournage de son film, McTiernan a vécût son « Rollerball ». Contrairement à son héros, il sera lynché en public, fera un an de prison en 2012 et ne tournera plus jamais rien après sa peine. La révolution des mineurs en arrière-plan dans le film, saccageant tout comme protestation sur le partage des richesses rappelle les Gilets Jaunes. Notre télévision nous montre des images de plus en plus violentes pour faire monter l’audimat, comme ce que recherche à faire Petrovitch, interprété par Jean Reno, en provoquant volontairement des accidents. D’ailleurs Jean Reno est excellent avec un accent russe à couper au couteau, en VO ou en VF. Probablement un de ses meilleurs rôles depuis Les Visiteurs (1993). Le choix d’un sport qui gagne en popularité, car il permet de passer un maximum de publicité est ce qui régit aujourd’hui la diffusion de nos sports à la télévision. Qui n’a pas envie de voir des accidents pendant un match, une course de vélo, une chute à ski ? Si non, bravo, tu fais partie de la minorité mondiale.
Le futur dans ce film est amené de manière très discrète par les écrans. Tout le monde peut avoir un écran tactile sur soi, même au sauna. Il y a des caméras de surveillance partout, il est impossible de s’échapper sans se faire voir. Quand les caméras pointent sur nous, ce n’est vraiment pas bon signe. L’histoire originale date du début des caméras de surveillance, le film de McTiernan du début d’internet et aujourd’hui beaucoup de ses prévisions se sont produites. En définitif, bien que charcuté, à moitié détruit par la production et l’ambition démesurée de son réalisateur, Rollerball se bonifie avec le temps. Il ne semble pas vieillir. Certaines choses sont kitch, mais son essence, reste intact. Rollerball existe ! En lisant entre les lignes vous y verrez le vrai film : une œuvre révolutionnaire.




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