
Resurrection, littéralement Les temps forts, est un film réalisé par Bi Gan autour des thématiques du rêve et des sens. Des temps forts, il y en aura 5 principaux qui vont suivre une progression à la fois chronologique et sensorielle. Avant d’embarquer dans ces fables, on nous explique brièvement que l’humanité a trouvé le secret de l’immortalité : perdre la possibilité de rêver. La vie éternelle, l’aubaine ! Tout le monde doit vouloir l’obtenir ? Eh bien non, un dernier groupe refuse d’abandonner ses rêves, même s’il faut en mourir. Ces gens sont appelés des « rêvoleurs ».
–Spoilers–
On débute alors la première fable dans une fabrique d’opium, où l’on rencontrera le « rêvoleur » que l’on suivra pendant tout le film. Il y apparaît sous la forme d’une créature, avec une bobine de film en son sein, qui se nourrit d’opium. Sera alors abordé le premier sens, celui de la vue. On entrera ensuite dans une enquête policière : le rêvoleur y sera emprisonné pour avoir tué un homme rendu fou par le son d’un thérémine, ajoutant l’ouïe au tableau. Le protagoniste se transformera après cela en ex-moine bouddhiste retournant dans son monastère pour voler des objets de valeur. Il y sera bloqué une nuit avant de rencontrer l’esprit de l’amertume qui était coincé dans une de ses dents. Dans la quatrième fable, on suivra le rêvoleur dans la peau d’un voyou de seconde zone essayant de se faire de l’argent avec un tour de passe-passe moyennement magique. Ici, c’est l’odorat qui sera abordé, la « magie » reposant sur un prétendu don olfactif. Enfin, on retrouvera le rêvoleur dans une dernière fable, la veille du nouvel an 2000, dans une histoire d’amour avec un vampire, clôturant la série de rêve par le toucher.

Ce qui frappe en sortant de la séance, c’est vraiment l’impression d’émerger d’une nuit de sommeil. Pas parce qu’on s’est réellement endormi, mais parce qu’on s’est baladé d’un rêve à l’autre. Les histoires en elles-mêmes n’ont qu’assez peu de liens (au-delà du fil des cinq sens), et sont surtout complètement farfelues. On passe d’un dévoreur de fleurs d’opium à un tueur rendu fou par un instrument dont personne ne joue, puis à un ancien moine qui parle à un esprit logé dans sa dent, puis à un prestidigitateur frauduleux qui utilise une orpheline, pour finir par une histoire d’amour avec un vampire. Et ce ne sont pas que les histoires qui varient autant, ce sont les couleurs, les points de vue, c’est la manière de les raconter qui se transforme à chaque fois. C’est là la première réussite du film, faire ressentir la dimension onirique au spectateur.

Mais que penser du choix que fait le rêvoleur ? Pour rappel, on suit l’histoire d’un personnage qui, alors qu’il pourrait vivre éternellement, préfère rester mortel pour pouvoir continuer de rêver. Heureusement, le film nous donne une réponse… ? Pas vraiment, ou du moins pas explicitement.
Le rêve est un moment où l’on dort, ce qui suppose une suspension de la vie consciente. Les rêves offrent d’une certaine manière la possibilité de s’extraire de la vie que l’on mène. Être immortel sans pouvoir rêver, c’est être condamné à rester dans la même vie indéfiniment. Et même si le rêve n’est pas réel, même s’il repose sur l’illusion, il est généralement difficile de dire que l’on est en train de rêver. C’est plutôt la fin du rêve qui nous permet de le caractériser de la sorte, chose qui est impossible pour le rêvoleur qui ne cesse de rêver. Car même s’il sort de chacun de ses rêves par la mort, et donc la fin du rêve, il y replonge immédiatement, en faisant alors sa réalité.
Et comment comprendre ce tableau sensoriel découpé en cinq parties ? L’illusion passe nécessairement par les sens, puisqu’elle ne nous atteint pas nous directement mais par les sens que nous utilisons pour percevoir le monde. C’est peut-être ça que le film souhaite mettre en avant dans ses histoires, les sens comme vecteurs d’illusion. Ici l’illusion n’est pas présentée comme un voile qui trouble et détourne du réel, mais plutôt comme l’opportunité de vivre d’autres vies. Tout comme le spectateur suit 5 rêves distincts, c’est en réalité 5 vies qui se succèdent pour le personnage principal, qui fait alors le choix de vivre plusieurs vies intenses plutôt qu’une seule indéfiniment.
Resurrection constitue un magnifique hommage au cinéma par la qualité de sa réalisation, ses nombreuses références et les questions qu’il pose quasiment explicitement au spectateur (si tant est qu’il soit possible de les comprendre…). En bref, un film poétique qui vaut la peine d’être vu !




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