
S’appuyant sur un casting XXL avec en tête d’affiche un Russell Crowe au sommet de son art, le Nuremberg de James Vanderbilt est une véritable introspection sur la psyché nazie, à la manière d’une enquête poussée, en tendant un miroir pour refléter notre époque.
James Vanderbilt, scénariste entre autres du Zodiac de David Fincher, s’inspire ici pour Nuremberg du livre méconnu en France The Nazi and the Psychiatrist, écrit par Jack El-Hai et publié en 2013. Le long-métrage du réalisateur américain s’aventure dans la mise en scène du plus grand procès de l’histoire, jugeant 24 dirigeants nazis et qui s’est déroulé du 20 novembre 1945 au 1ᵉʳ octobre 1946, mais se concentre principalement sur la relation entre Hermann Göring et Douglas Kelley, le psychiatre de l’armée américaine chargé de suivre la santé mentale des accusés.
Un parti pris qui peut sembler risqué : plonger dans la psychologie nazie pour essayer de les comprendre, grâce à la relation ambiguë entre le Reichsmarschall du régime hitlérien et un psychiatre américain ? Faire de ce premier une des figures principales du film ? Osé, mais aussi important.
En plongeant dans la psyché d’un personnage aussi horrible que Göring et si proche d’Hitler, Nuremberg le rend plein d’ambiguïté au risque de choquer, mais c’est également ce qui donne cet effet coup de poing au long-métrage : le film démontre que ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis par des personnes humaines qui, à bien des égards, sont semblables à des êtres humains lambda. La volonté du metteur en scène est claire : plonger dans la psychologie d’une dérive idéologique non pas pour réhabiliter, mais pour sensibiliser et alerter sur le fait que ces criminels de guerre sont peu différents, en apparence, du commun des mortels.
Ce qui les rend bien plus effrayants. La relation ambiguë entre Hermann Göring et Douglas Kelley, joués par des Russell Crowe et Rami Malek habités, est le point d’ancrage du film et peut le rendre inconfortable. Göring apparaît cultivé, parfois drôle, souvent manipulateur envers Douglas Kelley. Nuremberg montre comment le mal peut se dissimuler derrière l’intelligence, l’éloquence et l’humanité apparente. En refusant la simplification morale, James Vanderbilt montre que ces atrocités ont été commises par des hommes capables de raisonner, de séduire, de convaincre.
Et dans son épilogue, le long-métrage prend soin de se refléter dans la situation mondiale actuelle dans une sorte de rappel des dérives totalitaires qui s’installent de plus en plus, en visant les Trump, Poutine et autres despotes fanatiques qui gangrènent l’équilibre mondial. Les alertes de Douglas Kelley sont d’autant plus impactantes et mettent en relief le fil conducteur du long-métrage : le fascisme est à notre porte, et si rien n’est fait pour le combattre, il peut s’installer de nouveau.
On pourra reprocher au film sa mise en scène parfois très hollywoodienne, qui peut sembler en décalage avec la gravité du sujet. Par moments, le long-métrage semble trop désireux de créer de la tension ou de l’émotion, quand le simple poids des faits aurait suffi. Le procès en lui-même est un peu galvaudé et ne représente qu’une maigre partie du long-métrage. Loin d’être parfait, le film peine également à donner la parole aux véritables victimes, excepté un superbe monologue du sergent Howie Triest, campé par Leo Woodall.

Mais sous ses airs de film un peu boursouflé, Nuremberg reste néanmoins un long-métrage solide et perturbant, choisissant un parti pris fort pour représenter la banalité du mal et ce cercle vicieux de violence dans lequel l’espèce humaine tend à se réfugier pour résoudre ses conflits. Un devoir de mémoire important, qui oblige également le spectateur à regarder l’horreur en face.




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