Nous avons gagné ce soir est un film de 1949, réalisé par Robert Wise, avec la collaboration de John Indrisano pour l’épauler lors des séquences de boxe. Il s’agit de son neuvième film en tant que réalisateur.

Celui-ci met en lumière un boxeur sur le déclin, incarné par Robert Ryan, qui est censé se coucher lors d’un combat. Refusant d’obéir, il déclenche une série de conséquences aux répercussions dramatiques.

À travers le monde brutal de la boxe, Robert Wise livre ici un film sombre sur la corruption et l’intégrité.

UNE RÉALISATION QUI VA DROIT AU BUT

Nous sommes en 1949, l’œuvre s’inscrit dans la période où Wise s’impose progressivement comme un artisan majeur du cinéma hollywoodien d’après-guerre. Loin encore d’avoir signé ses grands films marquants tels que West Side Story (1961) ou La Mélodie du bonheur (1965). Il explore déjà des univers sombres et réalistes : Né pour tuer (1947). Nous avons gagné ce soir témoigne de son intérêt pour les individus pris au piège de systèmes corrompus, thème récurrent chez lui qu’il s’agisse du monde criminel, militaire ou institutionnel. Cependant, le film se distingue surtout par son dépouillement formel : unité de temps totale, aucun surplus dans la narration, violence sèche et sans exagération.


Cette économie de moyens révèle la capacité de Wise à faire mouche sans artifices, créant une tension dramatique intense, privilégiant la psychologie et les dilemmes moraux. Souvent mis de côté par les œuvres ultérieures du réalisateur, Nous avons gagné ce soir apparaît comme un film clé, révélateur de la cohérence du travail de Wise : un cinéma humaniste, attentif aux conflits éthiques de l’époque, où le spectacle ne prend jamais le pas sur les individus à l’écran.

LA SIMPLICITÉ AU SERVICE DE L’INÉLUCTABLE

L’un des choix les plus forts de Nous avons gagné ce soir réside dans sa structure temporelle quasi continue. Épousant presque le temps réel d’un combat, transformant l’attente en véritable matière dramatique.

De plus, le refus de ce coucher n’est pas présenté de façon héroïque spectaculaire, mais comme un acte lentement écrasant, dont chaque minute qui passe renforce les conséquences. Dès le début du film, l’issue du combat ne fait aucun doute, tous les personnages s’attendent à une défaite. Le boxeur ne lutte pas seulement contre un adversaire, mais contre un système entier qui attend sa chute.

En effet, le personnage incarné par Robert Ryan est à l’opposé du boxeur hollywoodien glorifié du cinéma classique. Fatigué, usé par les combats, il incarne une figure de résistance passive. Son refus de se coucher n’est ni idéologique, ni revendicatif : il relève plus d’un geste d’orgueil et d’ego.
S’ajoute à cela la présentation de la boxe non pas comme un sport spectaculaire, mais comme un lieu de transaction et de corruption. Les véritables affrontements ont souvent lieu hors du ring, dans les couloirs, les vestiaires, les gradins. Wise montre un monde où tout le monde sait, mais où chacun se tait.

Ainsi, Nous avons gagné ce soir apparaît comme une œuvre d’une grande rigueur morale, où la mise en scène, la narration et le jeu des acteurs convergent vers une même idée : dans un monde corrompu, le simple fait de refuser de céder devient un acte radical.

Le film affirme que l’intégrité individuelle, même vouée à l’échec, possède une valeur en soi. Le refus de se coucher n’est pas une victoire sociale, mais une victoire intime, fragile, presque invisible. Wise ne célèbre pas le triomphe, mais la dignité.