
C’est mi-janvier 1980, dans les montagnes enneigées du feu Festival du Cinéma Fantastique d’Avoriaz que la presse et les fans de cinéma fantastique français découvrent avec stupeur Mad Max, de George Miller, jeune (33 ans) ex-médecin à vocation de cinéaste. Le film, rapidement considéré comme ultra violent pour l’époque, obtient le prix spécial du jury qui annonce une carrière française très prometteuse. Mais nos vieux grincheux réacs de la commission de contrôle des films s’en mêlent et classent le film X. Warner, ayant acheté les droits de distribution hexagonaux, refuse de sortir le film sous cette classification, et pouf! c’est la fin. En 1981, après les élections et avec les nouvelles équipes gouvernementales de la culture, le film reçoit enfin l’autorisation de sortie si convoitée, mais interdit aux moins de 16 ans, et amputé des scènes jugées les plus violentes, ce qui bien entendu déçoit profondément les amateurs du genre, et coupe à nouveau court la carrière espérée en salle, avec un maigre succès. Ce n’est qu’au début 1982, avec la sortie imminente de The Road Warrior (traduit par des distributeurs inspirés en Mad Max 2 : Le Défi), au succès retentissant en festivals (Grand prix du Festival d’Avoriaz, Meilleur Film International aux Saturn Awards, Meilleur Film dramatique aux Hugo Awards, etc.), que Mad Max est finalement libéré en version intégrale, mais toujours interdit aux moins de 16 ans, dans les salles françaises, à coup de marketing très orienté anti censuré, avec des affiches ornées de slogans alléchants tels que « Version Intégrale Non Censurée » ou « Après trois ans d’interdiction », et plus encore…
–Spoilers–
Le film s’ouvre sur une course effrénée entre l’Aigle de la Route, un prisonnier de haute sécurité qui s’est évadé et a pris fuite à bord d’un véhicule Interceptor ultra rapide dérobé à la police, et les membres des forces de l’ordre locales dans une Australie rurale qu’on sent au bord de la ruine et du chaos. Mais c’est compter sans Max (Mel Gibson à 21 ans!), jeune policier pilote d’élite, membre avec son meilleur ami et co-équipier Goose (Steve Bisley) de la brigade sous équipée et sous financée, survivant tant bien que mal et se présentant manifestement comme un des derniers vestiges de la civilisation. Le héros est présenté, il se lance à la poursuite de l’Aigle de la Route, et après une poursuite endiablée sur les routes désertes de l’outback, tout se termine dans une grande explosion qui transforme le criminel fou furieux en chaleur et lumière. Menace éliminée, tout le monde est content et rentre au commissariat en souriant. Mais voilà… l’aigle de la Route n’était pas seul! Un gang de motards bandits de grands chemins dirigés par Le Chirurgien (Hugh Keays-Byrne), frère du criminel calciné, se lance dans une quête revancharde à la recherche des officiers responsables du décès, en se promettant de les éliminer un à un dans des souffrances terribles! Le gang rattrape d’abord Goose et l’immole en souvenir de l’Aigle de la Route, puis s’en prend à la femme et au bébé de Max, les passant à la moulinette sous les roues d’une trentaine de motos rugissantes, abandonnant leurs cadavres sur l’asphalte brulant afin que Max en larmes les découvre, et comprenne bien que ses heures sont comptées. Poussé à bout par le désespoir et le chagrin, Max pète une durite, s’empare d’un Interceptor spécial, bolide expérimental à peine terminé équipé d’un compresseur à azote spécial, et se lance à son tour dans une poursuite vengeresse des membres du gang pour les faire cruellement payer…
Malgré son budget ridicule (400 000$ australiens) le film impressionne par ses scènes de cascades saisissantes de réalisme (Et pour cause! Elles étaient toutes bien réelles et exécutées avec de hauts risques en raison du budget au raz des pâquerettes!), par l’utilisation imaginative des maigres fonds pour la décoration, les véhicules et les costumes, et par la piétritude du jeu des acteurs, y compris Mel Gibson, presque tous débutants ou amateurs. C’est un miracle qu’aucun accident grave ne soit arrivé lors du tournage (non, le cascadeur dont la tête est horriblement heurtée par une moto sur la scène du pont n’est pas mort), seulement quelques os brisés. Lors des premières projections en festivals en 1979 et 1980, le film fait grand bruit, et malgré son potentiel énorme, est interdit de diffusion et de sortie en Nouvelle-Zélande et en Suède, notamment en raison des similitudes de la mort de Goose avec une histoire réelle impliquant un gang de motards, arrivée quelques mois avant les premières projections. L’étiquette d’ultra violence qui est attachée au film doit sans doute beaucoup à ce rapprochement car au visionnage, on se rend compte, et même à l’époque, que tout est beaucoup plus suggéré que montré : la scène de l’assassinat de la famille de Max est une masterclass du genre en montage, par exemple.

Le succès d’abord timide, puis progressivement immense du film, qui tiendra le record Guinness du film le plus profitable de tous les temps pendant plus de 20 ans provoquera bien entendu la genèse d’une suite encore plus violente en 1981 (Mad Max 2 : Le défi, sorti en France en aout 1982) qui ne sera ni classée X, ni censurée, connaîtra un succès encore plus énorme et mènera les producteurs à prendre la décision de produire un troisième épisode ultra commercial et quasi familial (Mad Max au-delà du dôme du tonnerre, à éviter à tout prix tellement c’est mauvais) qui scellera le destin de la franchise jusqu’à ce que George Miller soit à nouveau frappé par l’inspiration post-apocalyptique et décide de la relancer avec le succès que l’on connait, pour Mad Max : Fury Road (2015) et Furiosa : A Mad Max Saga (2024), en attendant le prochain opus à venir : Mad Max : The Wasteland.




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