Il y a onze ans de cela, en 2015, le réalisateur australien George Miller reprenait avec stupéfaction sa poisseuse et apocalyptique saga Mad Max avec Fury Road (2015), pour une folle furieuse course-poursuite sans temps morts qui est restée gravée sur la rétine des aficionados de grand spectacle. Considéré comme l’un des plus grands films d’action de tous les temps et immense succès critique, Mad Max Fury Road a permis d’ouvrir la voie à de nouveaux films en lien avec la saga, notamment grâce à l’interprétation mythique de Charlize Theron en Impératrice Furiosa, qui a complètement volé la vedette à Tom Hardy (Max Rockatansky).

Préquelle directe à Mad Max Fury Road, Furiosa reprend donc l’histoire du personnage, avec cette fois Anya Taylor-Joy dans les traits de l’Impératrice. Pour un résultat moins survitaminé que son prédécesseur, mais tout aussi nerveux, captivant et encore plus mythologique. 

Ce qu’il faut tout d’abord prendre en compte, c’est que Furiosa n’est pas Mad Max : Fury Road. Les attentes ont été tellement grandes à l’annonce de ce nouveau film que la comparaison allait se faire de manière évidente et que la volonté d’avoir la même chose était puissante. Comment faire mieux que Fury Road ? En n’essayant pas de faire mieux, mais de faire différemment, tout simplement.

Le but ici n’était pas de retrouver la folie furieuse de Fury Road et son action non-stop, mais de développer le personnage de Furiosa et par la même occasion la mythologie de l’univers dans lequel elle évolue. Alors que Fury Road se déroule sur un intervalle de temps de deux jours, Furiosa explore la jeunesse, en cinq chapitres distincts, de l’Impératrice sur une quinzaine d’années, l’âme empoisonnée par la vengeance et la volonté de retrouver sa terre natale. 

Furiosa est plus posé, plus contemplatif que son prédécesseur, mais n’en est pas moins furieusement jouissif. On retrouve dans Furiosa ce qui a fait la renommée de Fury Road, à savoir des moteurs vrombissants à toute puissance, des courses-poursuites démentielles (notamment celle entre camions-citernes avec boules de métal à picots et des parapentistes), une esthétique poisseuse et pessimiste, le tout incarné avec une personnalité folle, dans une société post-apocalyptique qui caricature le monde.

Copyright Warner Bros. Stars Chris Hemsworth Film Furiosa

Anya Taylor-Joy et Chris Hemsworth, qui joue le grand méchant du long-métrage, Démétrius, sont aux antipodes l’un de l’autre dans leur jeu d’acteur, comme le sont leurs personnages dans la diégèse : l’une est d’une froideur stoïque, quasi muette, le regard ultra-expressif, tandis que l’autre en fait volontairement des caisses dans un rôle de baroudeur expressif anti-charismatique, à l’opposé d’Immortan Joe dans Fury Road. George Miller fait vivre à travers leur opposition des thématiques comme la survie féminine, en particulier dans un monde totalement hostile. Furiosa tente de trouver sa place dans une désolation totale, suintant le sang, la sueur, la testostérone et la folie.

George Miller alterne entre scènes d’action viscérales et récit mythologique : là où les scènes d’action façonnaient le récit et les personnages dans Fury Road de A à Z, dans Furiosa, elles le ponctuent. Un storytelling un peu moins construit dans l’action donc, et plus pensé comme une gigantesque fresque historique (rendue palpable à l’écran avec le personnage History Man, qui semble conter le récit à la fois à l’écran et en voix off).

Au fur et à mesure que les 2 h 30 du film avancent, la figure héroïque de Furiosa se développe et sa légende se façonne. On a l’impression d’assister à l’émergence d’un mythe d’une manière aussi organique que mécanique, alors qu’elle traverse les épreuves, les deuils et de purs moments d’horreur (comme par exemple lorsque l’on découvre comment elle a perdu son bras) dans sa quête de vengeance.

Seul petit défaut que l’on pourrait reprocher à Furiosa : son apparence plus « lourde » visuellement, avec sans doute plus d’utilisation de fonds verts et de CGI que dans Fury Road, qui donne une sensation moins grandiose visuellement que son prédécesseur. Mais avec une telle maîtrise narrative et technique de la part du cinéaste australien, difficile pour autant de lui en tenir rigueur. George Miller ne boxe pas dans la même catégorie que les autres. Furiosa est définitivement épique.