
Cluedo (1985) est un film du Britannique Jonathan Lynn, qui signe ici son premier long-métrage en tant que scénariste et réalisateur.
Il s’agit d’une adaptation étonnamment audacieuse du célèbre jeu de société éponyme, reprenant ses personnages, ses armes et les différentes pièces du manoir, le tout sur un ton volontairement théâtral et déjanté.
Six inconnus se retrouvent invités à une mystérieuse soirée, chacun dissimulé derrière un pseudonyme. Mais le dîner bascule rapidement lorsqu’un meurtre est commis, transformant la soirée en véritable enquête policière. S’ensuivent alors de nombreux rebondissements, orchestrés avec brio par le majordome hyperactif interprété par Tim Curry.
UN HUIS CLOS THÉÂTRAL MAIS ASSUMÉ
Contrairement à ce que son point de départ pourrait laisser présager, le film ne cherche jamais à proposer une enquête policière crédible. Il s’inscrit plutôt dans la tradition du vaudeville et du burlesque, où le comique naît du mouvement, de la confusion et des situations absurdes. Les portes claquent, les personnages courent dans tous les sens et les quiproquos s’enchaînent à un rythme effréné. Ce choix peut déconcerter les amateurs de mystère à la manière d’Agatha Christie, mais il constitue précisément l’identité du film : ici, le rire prime systématiquement sur la logique.
La sensation d’assister à une pièce de théâtre filmée est renforcée par l’unité de lieu. L’intrigue se déroule presque entièrement dans un vieux manoir isolé, transformé en véritable terrain de jeu. Les décors stylisés, l’éclairage dramatique et le jeu volontairement exagéré des acteurs accentuent cette dimension scénique et ludique. Le spectateur a l’impression d’être enfermé dans un dispositif artificiel, comme s’il observait une partie grandeur nature du jeu de société.
Cette impression est encore amplifiée par la fidélité aux éléments du Cluedo original : les suspects emblématiques, les armes improbables, les différentes pièces du manoir et la mécanique célèbre — « Qui ? Où ? Avec quoi ? ». Toutefois, le film ne se contente pas d’une simple transposition. Il y ajoute une dimension satirique, notamment à travers le thème du chantage et les secrets liés à l’Amérique conservatrice des années 1950.
UN RYTHME FRÉNÉTIQUE ET MILLIMITRÉ
Le huis clos comporte toujours un risque : celui de la redondance, de l’immobilisme ou d’un manque d’action, rendant l’écriture particulièrement délicate. Ici, aucune de ces craintes ne se concrétise. Le film se distingue au contraire par un rythme extrêmement rapide. Celui-ci repose sur plusieurs éléments
complémentaires : des dialogues mitraillés, des déplacements constants dans le manoir, une accumulation de révélation et un humour visuel omniprésent. Les personnages entrent et sortent des pièces sans cesse, se croisent, se poursuivent et se soupçonnent mutuellement, créant un mouvement continu malgré l’unité de lieu. Le spectateur n’a pratiquement pas le temps de reprendre son souffle, ce qui peut s’avérer fatigant sur la durée. Toutefois, cette frénésie maintient une tension comique permanente et empêche toute forme de lassitude. L’absence d’action spectaculaire est ainsi compensée par une hyperactivité narrative et physique, transformant l’espace restreint du manoir en véritable machine à rebondissements.
UN CASTING CINQ ÉTOILES
L’une des grandes forces du film réside, au-delà de son scénario original et surprenant, dans son casting choral particulièrement efficace. Chaque acteur incarne une version volontairement exagérée et comique des suspects du jeu, donnant vie à une galerie de personnages immédiatement reconnaissables. Christopher Lloyd interprète un Professeur Violet nerveux, ambigu et constamment suspect, tandis que Madeline Kahn campe une Mme Leblanc flegmatique et inquiétante, célèbre pour ses répliques glaciales et absurdes. À leurs côtés, Martin Mull et Michael McKean complètent cette distribution avec des performances tout aussi marquantes.
Mais c’est surtout Tim Curry, dans le rôle du majordome, qui domine l’ensemble. Véritable moteur du film, il livre une performance hyperactive, autoritaire et irrésistiblement comique, orchestrant le chaos avec une énergie impressionnante. Sans lui, le film perdrait une grande partie de son dynamisme et de son impact.
Cluedo, réalisé par Jonathan Lynn, est une adaptation atypique qui transforme un simple jeu d’enquête en comédie burlesque énergique. Grâce à son huis clos théâtral, son rythme effréné et son casting inspiré notamment par Tim Curry, le film privilégie le rire et l’absurde plutôt que le réalisme policier.
Une œuvre originale et devenue culte, qui séduit par son audace et son humour même si elle peut dérouter ceux qui attendent un véritable polar.




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