Le très décevant Gladiator II sorti en 2024, Prometheus (2012), Alien Covenant (2017) ou Alien Romulus (2024) font partie, hormis le métrage de Fede Álvarez, des trois plus grandes œuvres de la filmographie de Ridley Scott remis au goût du jour par ce dernier. Cependant, l’un des marqueurs les plus importants du cinéaste, Blade Runner (1982) va être confié à un réalisateur différent, même si Ridley Scott figure toujours à la production du projet.

Cela peut paraître courageux de donner vie à la suite d’un monument de la Science-fiction (et du cinéma en général), mais en réalité, lorsqu’on connaît l’identité de celui qui reprendra la direction de l’œuvre, l’inquiétude vient rapidement se dissiper pour laisser place à l’excitation. En effet, Denis Villeneuve s’avère être un choix parfait, même si sur le papier, il n’avait fait qu’un seul blockbuster de Science-Fiction : Premier Contact (2016). Son chef-d’œuvre (à mes yeux) et cela va se confirmer par cette proposition : celle de Blade Runner 2049 (2017), dans laquelle le cinéaste canadien va grandement imposer son style. Denis Villeneuve va alors devenir une grande figure du cinéma de Science-Fiction moderne ponctuée (jusqu’à maintenant) par l’adaptation de l’une des plus grandes littérature du genre, celle de Frank Herbert : Dune (1965-1985).

Copyright Sony Pictures / Warner Bros. Pictures Stars Ryan Gosling Film Blade Runner 2049

Spoilers

Les organismes synthétiques créés par l’entreprise Tyrell ont réduit les Replicants à l’état d’esclavage. Une rébellion va alors s’élever par cette nouvelle espèce crée par l’Homme. Tyrell a été ensuite rachetée par Wallace Corporation dirigé par Wallace (Jared Leto) ayant comme objectif de créée des profils beaucoup plus obéissants pendant que la traque aux anciens modèles par ces fameux Blade Runner est en cours.

UNE ESTHÉTIQUE CONTRIBUANT MAJORITAIREMENT À L’ÉVASION

Tout comme Avatar (2009-2025), la plongée dans un univers imaginé à partir de la réalité dans Blade Runner 2049 aura comme efficacité de réussir très facilement à nous embarquer dans un voyage immersif. Cela est en partie dû à la crédibilité de ses images, pourtant de synthèse, mais qui possèdent une puissance hors normes pour nous évader à travers ces effets visuels qui figurent parmi peut-être les plus beaux avec ceux de la saga de James Cameron. Un travail en post-prod grandement aidé par l’incroyable travail d’un des chef opérateur les plus reconnus : Roger Deakins, reconnaissable également par son travail sur son imagerie orangée (exemple avec l’image ci-dessus). Le film va alors rendre hommage à l’une des meilleures directions artistiques du cinéma à travers l’œuvre de 1982 dans l’illustration de ses rues denses de population, un esprit cyberpunk sombre malgré ses écrans et projections lumineuses, quoique moins sale que pour l’œuvre de Ridley Scott.

Ensuite, Denis Villeneuve va alors utiliser le minimalisme. Une caractéristique visuelle forte de la personnalité du cinéaste. Une architecture grandiose, géométrique, immaculée qui émane une puissante aura de ses murs par la froideur (autre trait de caractère de Villeneuve), que nous allons davantage voir dans Dune (2021-2026). De plus, le rythme du montage est lent, à certains moments silencieux, tout en collaborant avec une arme de l’atmosphère primordiale de Blade Runner : la musique. Entre sound design et mélodies/motifs synthétiques reprenant les partitions de Vangelis, mais en proposant des sonorités inédites créées par Benjamin Wallfisch et Hans Zimmer qui est un choix évident, vu la grandeur du projet.

VOIR UN MIRACLE POUR POUVOIR SE DRESSER POUR LA LIBERTÉ

La froideur va être évidemment accentuée par le jeu de Ryan Gosling interprétant l’officier K qui se justifie par sa nature « non-humaine ». Un personnage principal qui va subir une forme de discrimination auprès de la population humaine méprisant sa « peau de robot » menant à une certaine solitude du protagoniste. Pour ce faire, il va combler un manque humain par un produit venant de l’enseigne « Joi » : un hologramme intelligent permettant d’apporter plus que de la compagnie à K, car elle sera la compagne du Blade Runner. K, va alors libérer le personnage virtuel interprété par Ana de Armas via un émanateur lui permettant d’avoir une meilleure mobilité, retirant sa projection pour devenir autonome, comme donner une liberté à une intelligence artificielle pour qu’elle devienne davantage humaine. Sa peau holographique est alors troquée pour une texture humaine, pouvant à présent ressentir les gouttes de pluie.

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Ils sont obéissant parce qu’ils n’ont pas vu de miracle.

Le miracle est la découverte d’ossements lors de l’ouverture de l’œuvre, révélant qu’un ancien modèle est tombé enceinte. Cela est un mystère et représente une menace pour les humains, voulant se couvrir face à une nouvelle rébellion des Replicants. En effet, si les synthétiques peuvent se reproduire, ils peuvent alors en quelque sorte se passer de la dépendance de leur créateur, censés être les uniques faiseurs de leur naissance. La liberté par l’humanisation va alors opérer par la reproduction, mais aussi par les souvenirs. En effet, les Replicants se voit implanter des souvenirs artificiels ne pouvant en avoir des véritables, tout comme il est impossible pour eux de rêver, que ce soit littéralement ou en termes d’objectifs, car un synthétique n’a pas d’ambition propre, il doit seulement remplir la mission qui lui a été implantée. K découvre un souvenir semblant être réel, car il l’aurait peut-être vécu. Cela représente une caractéristique humaine qui (à priori) montre que K est un Replicant à part.

Nous avons une contextualisation de l’entreprise Tyrell, Rick Deckard (Harrison Ford) et les origamis, mais cette suite ne comporte pas forcément un lien direct. Blade Runner 2049 permet de retrouver Harrison Ford, qui s’avère être un argument de vente important pour le marketing du film.

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SOUVENIRS OU IMPLANTS ?

L’illusion et la réalité se confondent tout comme la magnifique scène de synchronisation entre Joi et Marinette (Mackenzie Davis). Le Blade Runner va également se perdre à travers ces antipodes qui vont contribuer au mystère menant à la spiritualité de cette grande œuvre : Joi éprouve-t-elle de sincères émotions envers K ou est-ce qu’il s’agit d’une simple illusion ? Ce souvenir implanté est-il un moment vécu ? La réponse finale à la question (celle du sous-titre ci-dessus) est : les deux, car ce souvenir est réel, mais il est aussi une illusion. Ce fragment du passé réel appartient à la fille de Deckard : Dr. Ana Stelline (Carla Juri) tout en obstruant la mémoire de K, tel un mirage.

Blade Runner 2049 est un immense film réalisé par un grand réalisateur nous immergeant dans la grandeur d’un monde où les Replicants sont encore loin d’obtenir la liberté.