Anne Émond demeure l’une des figures les plus fascinantes du cinéma québécois. Depuis ses débuts, elle ne cesse d’explorer de nouveaux horizons, de se réinventer à travers des genres et des formes multiples. Pourtant, un fil invisible traverse toute son œuvre : sa tendresse obstinée pour les êtres singuliers, fragiles, un peu cabossés.

C’est dans cette lignée qu’apparaît Adam, 45 ans. Il est profondément gentil, généreux, dépressif, hypersensible et surtout écoanxieux. Le dérèglement climatique semble être l’une des causes principales de son profond mal-être. Propriétaire d’un chenil, même son activité qui lui procure un semblant de bonheur est quelque peu menacée, notamment par les éventuels risques d’incendies et autres bouleversements du climat dans la région. Un beau jour, il décide de s’acheter une lampe de luminothérapie triangulaire Sunshine In 2.1, alternative plus douce aux antidépresseurs. Après quelques jours de tests, Adam ne semble pas plus heureux qu’avant. Alors il décide de composer le numéro figurant sur la boîte du produit miracle. Il se retrouve non pas avec une aide psychologique, mais avec Tina, hôtesse téléphonique du service après-vente dans une petite ville ontarienne. De ce hasard naît une rencontre inattendue, un lien profond, presque providentiel. S’esquisse alors une histoire d’amour à distance, nourrie par le manque, le désir et surtout le besoin vital de respirer au cœur d’un monde étouffant. Ici, l’amour dépasse l’idylle : il devient résistance, remède aux désordres du siècle, lumière fragile dans l’obscurité.


La ville de Thetford Mines, avec ses paysages lunaires, sert de toile de fond à ce récit. Le lieu semble murmurer la fin du monde à voix basse, transformant les images en visions presque irréelles, comme un rêve éveillé. Dans ce décor, chaque objet, chaque détail devient signe. Comme cette phrase entendue dans le film, qui donne à elle seule le ton de l’œuvre : « Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier aujourd’hui. » Malgré l’angoisse du propos, le film est d’une beauté plastique déconcertante (tout comme son affiche). Adam marche longuement dans des lieux à couper le souffle, mais vraisemblablement éphémères.

Amour Apocalypse est de ces films doux-amers, à la fois drôle, lumineux et chaleureux, mais non moins lourds de sens et concernés par leur sujet. Un film sur l’impuissance vertigineuse face au réchauffement planétaire, sur la profonde solitude ressentie, mais qui n’oublie pas de garder espoir, une bonne dose d’humour décalé et surtout beaucoup d’humanité.