affiche d'Akira

Sorti en 1988, AKIRA est surement l’un des films d’animation les plus connus et ayant eu le plus d’influence sur la pop culture actuelle : pourquoi ?

Katsuhiro Ōtomo est à l’origine un auteur de manga. En 1982, il publie dans Young Magazine sous forme hebdomadaire des chapitres de son manga : AKIRA. C’est un véritable succès, ainsi lorsqu’il le sort en édition complète, il écoule plus de 700 000 exemplaires et remporte le prix du meilleur manga par Kodansha (un éditeur japonais).

Ce succès de librairie attire immédiatement les convoitises du cinéma et c’est en 1988, que Katsuhiro Ōtomo sortira le film issu de son manga ! Coûtant environ 11 millions d’euros, il en rapportera 55 : confirmant une nouvelle fois la grande réussite de cette œuvre sur tous les supports. Si AKIRA fonctionne autant c’est avant tout parce qu’il aborde de très nombreux sujets frontalement et représente, à l’époque mais encore aujourd’hui, un véritable choc visuel et thématique.

Une histoire avant-gardiste

En 1988, Tokyo est détruite par une bombe nucléaire. L’histoire se déroule alors 31 ans plus tard (en 2019) dans le « néo-Tokyo » et suit un groupe de jeunes motards avec parmi eux : Tetsuo et Kaneda.

Tetsuo sera récupéré par l’armée suite à un accident et subira des expériences scientifiques afin de reproduire un mystérieux projet : AKIRA. Kaneda de son côté fera tout pour retrouver son ami en s’heurtant aux politiques, à l’armée et à toutes les formes de pouvoirs qui se tiennent entre la rue et les élites.

La société du Néo-Tokyo est si ce n’est totalitaire, a minima brutale : les gens sont poursuivis, traqués s’ils saignent (le film est d’ailleurs extrêmement graphique sur la représentation de la violence) ! Les militaires sont partout et n’hésitent pas à tirer sur la population, mais aussi à kidnapper des gens pour des expériences. Katsuhiro Ōtomo dessine, dans son Tokyo post-apocalyptique, une ville agressive qui ne comprend plus que les rapports de domination et de violence.

Cette brutalité est physique mais aussi institutionnelle, car faute de résultats le gouvernement stoppera le financement du projet scientifique militaire, le manque de moyen empêchera l’armée de se procurer les médicaments qui calmaient les pouvoirs de Tetsuo, qui sans contrôle va pouvoir laisser exploser sa colère et tout détruire sur son passage.

« Mon œuvre est profondément anti-système«  expliquait Katsuhiro Ōtomo à France Inter et c’est exactement ce que l’on voit dans AKIRA. Que ce soit à Néo-Tokyo, en France ou n’importe où dans le monde, il n’est pas rare de voir des dirigeants couper des allocations, réduire des budgets, sans se soucier des répercussions pour celles et ceux qui devront vivre avec moins.

Sur la science et le progrès AKIRA était également avant-gardiste ! On suit un groupe de scientifiques qui travaille depuis 30 ans sur la création d’un surhomme aux pouvoirs illimités : pourquoi ? Bien sûr, la peur de la bombe nucléaire joue un rôle prépondérant dans cette recherche et, en ce sens, AKIRA témoigne de l’inévitable escalade de la violence (au même titre que les jeunes motards constamment violentés par les forces de l’ordre, qui deviennent également violents pour survivre).

Mais ce que l’on peut également voir est que la quête sans but de progrès amène constamment les humains à créer l’outil de leur propre destruction. Hier, cette destruction était physique avec la bombe nucléaire, mais aujourd’hui cette destruction est sociale avec l’IA (qui peu à peu supprime de plus en plus de travail et risque de pousser un grand nombre de personne dans la précarité).

Et il y aurait plein d’autres sujets à décortiquer tant AKIRA est une œuvre dense aux multiples facettes !

Akira course poursuite en moto

Une animation incroyable

AKIRA ne brille pas que grâce à son scénario ! En effet, l’animation de ce film est tout simplement parfaite ! Composé de plus de 150 000 celluloïds dessinés à la main AKIRA est d’une fluidité extrême.

Un élément très simple à rendre aujourd’hui par ordinateur, mais qui a dû prendre un temps fou à l’époque est la représentation des lumières. Les motos emblématiques du film possèdent des phares arrières qui dans la nuit du Néo-Tokyo laisse une trace, comme une trainée de néon et de lens flair qui suivent la bécane. Cette animation de lumière est extrêmement fluide et ce soin a été apporté à tous les éléments du film !

Que ce soit dans les expressions de visages, les lumières ou les constructions/destructions de décors : tout est sublime dans AKIRA.

La moto d'AKIRA

AKIRA est une des plus grandes œuvres du cinéma japonais, mais également du cinéma dystopique/post-apocalyptique. Son influence sur la pop culture est phénoménale et l’on retrouve fréquemment des clins d’œil à ce film dans d’autres long-métrages (Ready Player One / Nope).

Il faut également mentionner l’impact qu’a eu AKIRA sur la carrière d’autres réalisateurs ! Les soeurs Wachowski (Matrix) et Hideo Kojima (Metal Gear Solid) ont explicitement cités AKIRA comme une grande source d’inspiration pour leurs œuvres (on pourrait également citer Kanye West pour le clip de Stronger et Pharrell Williams qui a littéralement fait une exposition en collaboration avec Katsuhiro Ōtomo).

AKIRA a touché de très nombreux artistes et dans des domaines variés allant de la vidéo à la musique, mais a également lancé une grande carrière ! Derrière les influences, on retrouve notamment Satoshi Kon en tant qu’assistant de Katsuhiro Ōtomo sur AKIRA. Il n’est donc pas anodin de retrouver certaines thématiques et une animation similaires dans les chefs d’oeuvres que sont Perfect Blue, Paprika ou Tokyo Godfather’s.

Affiche du manga akira

AKIRA est sans conteste un des films les plus marquants de l’histoire du cinéma japonais (et même mondial). Que ce soit thématiquement, visuellement ou son impact sur le long terme, tout pointe dans une même direction : la perfection.