Ex Machina, sorti en 2015, réalisé par Alex Garland, est une œuvre de science-fiction autour de l’intelligence artificielle. Tout comme Her avant lui, le film s’inscrit dans la lignée des projets qui questionnent le rapport à l’IA, et ce, 7 ans avant que ChatGPT ne soit créé pour transformer des photos de profil en images Ghibli. 

Contrairement à Her, il n’est cependant ici pas explicitement question d’une histoire d’amour, mais plutôt d’une réflexion sur la conscience de la machine. On suit Caleb Smith, un programmeur dont le physique laisse deviner le métier, qui, sélectionné dans une loterie d’entreprise, obtient la chance de rencontrer son directeur. Ce dernier, une caricature de patron américain sans la drogue et les fusées, lui propose alors de participer à un test de Turing pour répondre à la question suivante : est-il possible de penser qu’une machine est consciente alors même qu’on sait que c’en est une ?

La plus grande qualité de ce film est avant tout son actualité. La réflexion proposée fonctionne et reste rafraîchissante 11 ans après. La thématique et les questions sont encore intéressantes et l’esthétique de la maison est très soignée, chose appréciable vu qu’on y passe 2 h 11.

Les réflexions sont intéressantes, certes, mais il n’empêche qu’une certaine frustration se dégage à la fin, frustration qui provient de l’articulation de l’argumentaire. Comme toute bonne dissertation philosophique de lycéen au bac, le film commence par la définition des termes du sujet pour essayer de répondre à sa problématique. Cet exposé se déroule, à la manière d’une pseudo-allégorie biblique, en 7 sessions de rencontres entre Caleb et Ava qui ne nous apporteront pas beaucoup plus qu’une prise de position incomplète. C’est d’autant plus dommage que les définitions proposées sont intéressantes : l’existence consciente est définie comme fruit des relations avec autrui et la création de l’être justifiée par sa propre faisabilité. Pour dire les choses plus simplement, est conscient ce qui interagit et doit être créé ce qui peut l’être. C’est le fait de pouvoir créer qui justifie la création elle-même. S’il eût été possible de faire autrement, il n’aurait ici pas nécessairement été possible de faire mieux. Il s’agit de définitions et elles ont le mérite de définir. C’est plutôt l’utilisation de ces définitions qui est inaboutie. Le scénario les laisse où elles sont, et propose une conclusion tiède renforcée par un protagoniste naïf qui tombe dans le piège qu’il avait pourtant cerné.           

C’est aussi l’actualité du film qui fait ressortir ses aspects négatifs. Le film ne va pas au bout des questions qu’il pose et crée une frustration chez le spectateur qui ne peut qu’en attendre plus. À chaque fois qu’une réflexion débute, le film l’arrête aussitôt et se prive d’exploiter ce qu’il vient d’initier. Cette feinte intellectuelle permanente donne alors l’impression que l’objectif est plus le fait de faire réfléchir que de produire une réflexion intéressante en soi. Plutôt que de faire émerger les questions naturellement, le film s’articule autour d’interactions superficielles qui ne sont plus que des prétextes pour questionner. On ressort alors avec l’impression d’avoir vu un film qui pose de vraies questions mais qui ne se donne pas les moyens d’y répondre.

Copyright Universal Pictures Stars Oscar Isaac et Sonoya Mizuno Film Ex Machina

« On aurait aimé en voir plus », voilà ce qu’il faut retenir. S’il est certain qu’il est plus facile de donner son avis sur un blog que de réaliser un film, il n’en reste pas moins un goût de trop peu. Ex Machina reste néanmoins une œuvre à voir et qui ravira les plus grands amateurs de cyborg(e).