Neuf minutes suffiront à Denis Villeneuve pour parfaire sa critique satirique sur un système se reposant sur la capitalisation et plus précisément la surconsommation présentée à travers ces images aussi froides et dérangeante que comique.

Spoilers

DÉSHUMANISATION TOTALE

Next Floor commence et se termine par un regard caméra glacial soutenu par cet homme qui va bien plus que regarder l’objectif, car il va juger les responsables de ce drame social alarmant prenant vie à travers les convives particuliers d’une tablée. En effet, la richesse est représentée à travers ces personnages issus manifestement d’une classe sociale plutôt aisée. Ils seront déshumanisés, déjà en raison du fait qu’ils ne parlent pas, mais aussi par leur comportement bestial. Ils dévorent ces mets illustrés de manière répugnante (surtout pour les végétariens en raison de ces viandes organiques) amenées entre les bruits de couverts et de mastication à faire pâlir les misophones. Leurs visages sont avides, les regards froids et terrifiants, possédés par leurs instincts de consommation excessive, ne pouvant s’empêcher de manger.

L’un des personnages représente la seule lumière d’humanité à cette table. En effet, elle va prendre conscience de cette folie entreprise par ses voisins, refusant même de se faire servir. Malheureusement, cette dernière se fait emporter par ce système devenant comme les autres une bête. Ce qui renvoie à devenir ceux qu’ils mangent : des animaux.

La satire va s’opérer par le « comique » de répétition. Une manière de métaphoriser la plongée en enfer de ces investisseurs consommant leurs bénéfices en trouant le plancher à force d’engouffrer toute cette nourriture. Ils s’écroulent d’étage en étage jusqu’à atteindre les profondeurs ne se laissant alors aucune chance de remonter à la surface.

On retrouve dans Next Floor la froideur utilisée par Denis Villeneuve représenté par une colorimétrie maussade. Un court-métrage doté d’une richesse d’idées intéressante se servant de l’humour dramatique pour dénoncer un système à travers le dégoût et la peur de se transformer en bête, à notre tour.