
12 Hommes en colère est certes un classique, mais il est aussi une référence du film judiciaire et du huis clos. Sidney Lumet plonge les 11 personnages convaincus seulement à partir de faits. C’est alors que le récit va prendre toute sa grandeur quand ce douzième personnage incarné par Henry Fonda va alors émettre une notion qui ne va vraisemblablement pas traverser l’esprit des autres jurés : le doute légitime.
UN TOUR DE FORCE HUMANISTE
Même si les faits constituent une matière concrète, ils mettent néanmoins de côté les détails qui viennent remettre en cause les décisions fermées. Le protagoniste ne dit pas que ce jeune adulte de 18 ans est coupable ou non de meurtre, il veut juste prendre le temps de réfléchir et de parler avec ses confrères de la situation qui met en jeu la vie de ce garçon, car le doute est un levier primordial pour exercer un jugement. Il va également apporter sur la table le simple fait de supposer afin de constituer une décision impartiale. Vous l’aurez compris, il est le seul à déclarer le garçon non coupable. Ce qui va bien évidemment agacer les autres résidents de cette table, préférant aller voir un match, parler de leur situation professionnelle ou même jouer pendant la délibération alors qu’ils sont responsables du choix de vie ou de mort sur un être humain. Cela montre un profond désintérêt et un égoïsme inhumain de ne pas considérer cette situation à sa juste valeur. Cet homme qui va déjouer les résultats sert à apporter progressivement la lumière dans chacun de ces onze hommes afin de réveiller leur humanité.

UNE MISE EN SCÈNE GRANDIOSE
Tenir un chef-d’œuvre dans une pièce tient d’une maîtrise de son sujet. C’est dans un espace interdit au public que le cinéaste nous immerge. Il va utiliser la météo comme outil de cloisonnement et de tension. En effet, cette journée est porteuse d’une chaleur étouffante, ce qui aura de quoi impacter la patience de ces hommes. De plus, Sidney Lumet va effectuer une modulation d’ambiance en utilisant la pluie. Ce rideau d’eau va alors couvrir un peu plus le décor, le cloisonnant davantage, surtout que les fenêtres ouvertes pour faire passer l’air devront être fermées.
L’un des plus grands plans (celui ci-dessous) va alors représenter la force de persuasion du 8ᵉ juré. Un convaincu de la sentence « coupable » va alors effectuer un monologue de manière agressive, debout, essayant de rallier les autres à sa cause. C’est alors qu’à travers ce plan fabuleux que la caméra va venir se désintéresser de ses paroles en reculant tout en nous montrant les autres personnages tourner le dos aux dires de ce juré, composant un cadre sublime. Dans un deuxième temps, la caméra va revenir sur le personnage d’Henry Fonda, accompagné par les autres hommes qui vont venir s’asseoir faisant face à ce dernier, assis, calme, montrant que c’est lui qui attire désormais l’intérêt et la crédibilité.

12 hommes en colère est un monument du cinéma, montrant qu’un simple décor suffit à nous questionner sur des notions primaires humanistes tout en contenant de grandes idées de mise en scène. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands films et sert sans surprise d’inspiration aux films judiciaires modernes tels que Juré n°2 (2024).




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