
Paolo Sorrentino revient au cinéma un an après son inégal Parthenope (2025), accompagné par son acteur fétiche : Toni Servillo, engrangeant un septième film à la filmographie du réalisateur italien avec La Grazia. Le film a d’ailleurs remporté pas moins de quatre prix à la Mostra de Venise 2025 avec entre autres la coupe Volpi du meilleur acteur pour Toni Servillo.
VIVRE DANS LE PASSÉ, À TRAVERS LE FUTUR
Mariano De Santis (Toni Servillo) arrive à la fin de son mandat de président de la République d’Italie. Un homme marqué par l’âge qui va néanmoins se raccrocher au passé avec l’une des notions les plus pertinentes pour maintenir un être humain dans l’ancien temps, qui est le deuil. En effet, Mariano a perdu sa femme et il est loin d’avoir accompli toutes les étapes de la perte d’un être cher, surtout quand l’une de ses obsessions est de découvrir avec qui son épouse défunte l’a trompé. D’autant plus que cette personne se trouverait a priori autour de son cercle proche.
Tout comme La Venue de l’Avenir (2025) de Cédric Klapisch, Sorrentino va rassembler deux temporalités opposées : le passé et la modernité dans le même cadre. Par exemple, nous allons voir un religieux sur un scooter, un président d’une soixantaine d’années portant un casque de musique moderne, des politiciens représentant l’ancien temps assistant à un spectacle de danse contemporaine ou bien évidemment à travers cette séquence marquante du président marchant dans la rue devancé par un chien-robot. De plus, comme le film français cité précédemment, Sorrentino va utiliser la musique électronique fonctionnant donc à contrepoint, en raison de l’image présentée.
Une mise en scène qui va également accentuer ce concept avec une des armes de Paolo Sorrentino, qui est de ralentir le rythme de certains moments de ses métrages afin de nous suspendre dans le temps. Parthenope contient ce travail de mise en scène très intéressant avec ce magnifique plan-séquence entre le trio d’acteurs en train de se livrer à leur tendresse, habillé par la musique très pertinente Era già tutto previsto de Riccardo Cocciante. Dans La Grazia, on aura ce type de séquence avec la scène en apesanteur (renvoyant aux temps fixés dans l’espace), ou cette scène du Président portugais traversant le tapis en utilisant un ralenti ainsi que ces sonorités électroniques.
Paolo Sorrentino est aussi un réalisateur qui, tout comme être humain, prend de l’âge. Du haut de ses 55 ans, le cinéaste va garder une forme de modernité dans son métrage en ne se renfermant pas dans une ambiance « standard » avec de la musique orchestrale, mais avec son parti pris lui permettant de lui-même de garder une certaine modernité dans ses travaux.

LE DILEMME DU PRÉSIDENT
Mariano est un homme représenté comme un personnage attachant, humain, fatigué, seul dans son fauteuil, anticonventionnaliste voulant s’affranchir de ce qui le contrôle.
Le propos du film expose un dilemme que le Président va devoir résoudre sur un thème sensible de l’humanité qui est l’euthanasie. Une vision du sujet qui l’amène (selon sa vision) à le positionner en tant que juge dans une situation de tortionnaire ou d’assassin. Pour avancer dans sa réflexion, il va alors se pencher sur le cas de meurtrier(ère)s dans un contexte où la grâce leur serait une solution pour leur avenir. Des situations dramatiques qui vont néanmoins faire écho à la situation de Mariano avec le passé de sa femme.
Une introspection autour d’un sujet clé de l’œuvre qui est l’amour, celui qui l’anime, le meurtrit ou le motive à travers des conséquences funestes. Tout comme simplement pour le deuil vécu par Mariano qui est maintenu par ce sentiment de bonheur.

La Grazia est un film intéressant sur les différentes époques qui se croisent malgré leurs divergences. Porté par un grand Toni Servillo, animé par les dialogues d’une habilité poétique de Paolo Sorrentino lui-même, qui a également écrit le scénario vers l’acceptation de la modernité qui s’impose à notre évolution, comme l’exprime cette phrase dite par Mariano : « Au début les enfants suivent leurs parents avant que ce soit les parents qui suivent leurs enfants… »




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