affiche du film l'assassin habite au 21

Sorti en 1942, L’Assassin habite au 21 est le premier film d’Henri-Georges Clouzot. Le futur grand réalisateur y montre d’ores et déjà les prémices de ses classiques à venir et signe dès le début un huis clos extrêmement efficace.

Henri-Georges Clouzot est un des réalisateurs les plus réputés du cinéma français (et mondial). Également réputé pour ses dialogues, il est derrière la caméra de chefs-d’œuvre comme Le Corbeau, Quai des Orfèvres, Les Diaboliques et Du salaire de la peur (qui aura le droit à un remake par William Friedkin : Sorcerer).

Pour son premier long-métrage, Clouzot choisit d’adapter un roman du même nom mais y apporte quelques changements majeurs. En plus d’y ajouter ses dialogues, il déplace certains personnages en dehors du bâtiment, faisant de ce huis clos un « huis clos ouvert ». Toutes les intrigues et les éléments essentiels au bon déroulement de l’histoire seront joués dans un lieu unique, mais tous les passages secondaires sont soit supprimés, soit déplacés à l’extérieur.

L’histoire suit un couple : le commissaire Wens et sa femme Mila (chanteuse d’opéra). Sa carrière d’artiste peine à décoller et pour obtenir un rôle, elle doit démasquer le mystérieux tueur en série qui sévit sur Paris : M. Durand. Son mari apprend qu’il se cacherait à la pension des Mimosas au 21 de l’avenue Junot et s’y rend sous les traits d’un pasteur pour démêler le vrai du faux.

Une galerie de personnage

Le point fort principal du film est sa galerie de personnages ! Bien sûr, le commissaire Wens et Mila sont extrêmement drôles et attachants, mais le même constat peut également être fait pour tous les pensionnaires du 21 avenue Junot.

Que ce soit Lalah Poor (le fakir), Collin (l’artisan/menuisier), M. Linz (le médecin colonial), Mme Point (la gérante de la pension) ou Armand (le valet de chambre) : tous les personnages ont au minimum une scène pour les mettre en valeur, leur moment de gloire comique !

Entre les répliques assassines et les indices finement disséminés au fur et à mesure du récit : L’Assassin habite au 21 est un film qui gagne à être revu.

assassin habite au 21 M Collin et M Linz

Une mise en scène intelligente

Dès le début, Henri-Georges Clouzot montre des partis pris de mise en scène forts ! Après une courte scène dans un bar, la caméra adopte le point de vue du tueur et l’on suit un homme jusqu’à son meurtre en pleine rue. Un choix fort et qui est loin d’être le seul !

En effet, Clouzot apporte un grand soin aux réactions. Il n’est pas rare que la personne qui parle ne soit pas filmée et que la caméra s’attarde plus sur la réaction de la personne qui reçoit la réplique que sur celui qui la dit.

Le réalisateur s’amuse aussi avec le genre du huis clos en faisant un « vrai-faux » huis clos. Il s’agit théoriquement d’un huis clos dans la mesure où il y a bel et bien une unité de lieu : il est possible de résumer le film et les éléments clés de l’intrigue en se limitant à la pension des mimosas. Toutefois, Clouzot ajoute quelques scènes optionnelles en dehors du bâtiment et rend son intérieur particulièrement protéiforme.

Presque aucune pièce n’est filmée plusieurs fois et, lorsqu’il retourne au même endroit, il s’arrange toujours pour trouver un nouvel angle de cadrage. Ainsi, la monotonie ne s’installe jamais, l’attention du spectateur est continuellement renouvelée et l’enquête suit un rythme effréné qui ne ralentit pas durant la totalité des 1 h 20 du film.

la pension de mimosas dans l'assassin habite au 21

De par sa réalisation, son écriture et le talent de ses acteurs, L’Assassin habite au 21 est un huis clos qui reste encore moderne et gagne un peu plus en qualité à chaque revisionnage.