Spoilers

2001, l’Odyssée de l’espace figure parmi les plus grands films de l’Histoire, tant par sa dimension grandiose que par ses propos visionnaires. Stanley Kubrick ouvre la voie à de nombreux films de science-fiction de par la densité philosophique, technologique, scientifique et sociétale de son œuvre, tout en proposant des visuels impressionnants pour ce que le cinéma peut offrir à l’époque. Une performance qui lui valut l’Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1968.

UN CHEF-D’ŒUVRE ILLUSTRATIF

2001, L’Odyssée de l’espace se sépare en quatre parties. Trois de ses actes présenteront de longues scènes sans dialogues. Seuls le son et la musique habillent ces images, nous faisant valser à travers les partitions de Richard et Johann Strauss ou nous immerger dans les « Atmosphères » dissonantes de György Ligeti. Une imagerie qui poussera même vers le cinéma expérimental à l’issue du dernier acte du métrage, qui devient une overdose de couleurs vives et saturées, nous permettant de voyager dans une expérience sensorielle au-delà de l’infini.

Les scènes musicales exposeront les premiers plans d’espace dans une longueur animée par la musique, montrant ces vaisseaux ainsi que les sorties des explorateurs (Dave Bowman) dans cet espace étoilé faisant résonner seulement le son de sa respiration dans son scaphandre.

Mais avant cela, le premier acte présente l’humanité à l’état primitif. Ces singes vont connaître l’évolution en apprenant à manier l’arme, permettant de manger, de se battre et donc d’acquérir du pouvoir. Cette partie qui est donc dénuée de parole contribue à privilégier l’immersion de cette expérience aux dialogues qui viendront seulement s’inviter à l’issue de 25 minutes de films ! Après le seul passage sur Terre, la plus grande ellipse de l’histoire du cinéma séparant cette transition iconique en deux plans de plusieurs millions d’années, ainsi que la présentation de ce qui est peut-être la représentation du personnage ou plutôt de l’explorateur principal de ce voyage, inanimé, minimaliste et rectangulaire : le monolithe.

QU’EST-CE QUE LE MONOLITHE ?

Ce sera à vous de faire votre propre interprétation sur cette étrange structure, métallique ? Qui vient poser sa base sur le sol de la Terre à la naissance de l’humanité et au début de l’Odyssée de l’Être humain. Le monolithe est peut-être une source de savoir, une divinité, un objet extraterrestre venant apporter le savoir à ces primates permettant d’évoluer, mais personnellement ma théorie est que le monolithe serait en réalité un spectateur de l’humanité présent à son commencement aux côtés des singes jusqu’à la mort de l’Homme, dans la chambre immaculée, témoin du décès de Bowman avant de revenir à l’état de fœtus, illustrant tout naturellement le cycle de la vie.

SYMBOLES CIRCULAIRES

Les trois temps de la valse de Strauss est une danse qui fait tourner telle un cercle, tout comme ce vaisseau spatial à la forme circulaire, tournant en rythme, dansant avec l’orchestre. L’intérieur des vaisseaux appuiera sur l’architecture ronde, tous les astres de la même forme (la Terre et la Lune) ou l’antagoniste : HAL 9000. Une intelligence artificielle personnifiée à travers une lentille, un œil, venant perturber et dominer les occupants de la mission de Jupiter.

Copyright 1968 TURNER ENTERTAINMENT CO,. A TIME WARNER COMPANY.Film 2001 : l’odyssée de l’espace

EN AVANCE SUR SON TEMPS

Stanley Kubrick aborde (à travers la meilleure partie du film) un propos avant-gardiste sur la technologie, à commencer par ces appels vidéo, nous rappelant une période funeste en 2020. Cette demande de l’enfant à son père voulant un téléphone (alors que le film sort en 1968) aura de quoi nous surprendre même si le téléphone a été inventé en 1876 par Alexander Graham Bell. Il est néanmoins socialement peu commun de voir un enfant des années 60 demander un portable de la même manière qu’un enfant des années 2020.

De plus, avant Terminator (1984) de James Cameron, Stanley Kubrick traite du danger de l’intelligence artificielle qui est aujourd’hui l’ère en train de chambouler notre quotidien. En effet, HAL 9000 est un algorithme parfait, ayant comme objectif d’accomplir la mission par tous les moyens. Comme le montre cette scène où l’antagoniste bat stratégiquement l’astronaute Frank Poole, la machine est plus forte que l’Homme. De plus, Kubrick humanise cet œil afin de le rendre menaçant, comme un être observant au second plan ses victimes ou en utilisant la vue subjective.

INTERPRÉTER L’INCONNUE

2001, L’Odyssée de l’espace, tout comme l’Odyssée d’Homère, raconte l’histoire d’un voyage peuplé par le fantastique. Kubrick va faire de même, non pas en utilisant des créatures, mais en se servant de la science-fiction à travers ce monolithe ainsi que par ses images abstraites. Même si le cinéaste va encrer davantage son œuvre dans la réalité, ainsi que dans celle qu’il imagine.

Malgré la longueur des plans contribuant à un rythme très lent, on aura de quoi étaler de nombreuses interprétations, sans réelles réponses définitives, nous laissant dans la grandeur de l’inconnu ainsi que de ses mystères.