
C’est l’histoire de la permanence téléphonique de Noël de la société Détresse Amitié, à notre écoute pour nous remonter le moral. Cette nuit-là, le Père Noël est une ordure pour ces travailleurs de veille de Noël.
Décembre 1982, en France, le Père Noël est une ordure a beaucoup de mal à se faire connaître. À cause de son titre, on lui refuse l’affichage public dans de nombreux lieux. Il n’y a pas à dire, en ces fêtes de Noël, le père est une ordure. Pourtant le film n’est pas fait par une bande d’amateurs. Jean-Marie Poiré à la réalisation, déjà auréolé de quelques succès, s’est associé à la troupe du Splendid’, auteur de quelques succès, pour adapter leur pièce de théâtre.
Sans jeter la pierre à Pierre, le mot ordure et le mot Père Noël ne peuvent pas être associés. Mais Félix a un gros zizi, le film ne change pas son titre et s’entête à sortir en ces fêtes de fin d’année 1982. Mal mis en avant, il ne marche pas. Pourtant, le bouche à oreille, puis les rediffusions à la télévision en feront une œuvre culte, aux répliques célèbres. Finalement, le père Noël n’aura pas été une ordure. Joyeux Noël Félix ! Poiré, en bon réalisateur, a réécrit certains passages, changé ou ajouté quelques personnages, quelques lieux, situations et modifié la fin car il est important que les animaux aussi aient
leur Noël.
Avec comme point de départ une pièce de théâtre en huit-clos, Poiré ouvre son espace diégétique. Nous circulons de l’appartement de Détresse Amitié à une cage d’escalier avec minuterie, dans un bar à huîtres pour faire des cendriers, dans des cabines téléphoniques où il faut appuyer sur le bouton pour mieux se faire entendre et au zoo pour faire la fête avec les lions. L’écriture du Splendid’ fait fuser les gags visuels et répliques sans temps morts et la réalisation de Poiré, sobre et juste, se permet quelques écarts en adoptant la vision du lapin. Le ton est amer, acide, drôle, virulent et qu’est-ce que l’on déguste avec ce film fait de bon cœur. Anticonformiste, il fait souffler un vent de fraîcheur sur le cinéma français.
Toute la troupe tient là un de leurs meilleurs rôles, avec des personnages ayant tous de la profondeur, vivant dans un monde de bisounours avant que la réalité sociale de Noël ne les rattrape. Normalement, un film de Noël n’est pas comme ça. On nous parle de rennes, de magie, de pardon, de générosité. Il y a du fantastique plein de bons sentiments. Ici, c’est tout l’inverse. Le Père Noël distribue des publicités pour des bars à strip-tease. Tous les personnages sont bien moins réussis que le cochon. Nombriliste, égocentriste, personne n’en voudrait comme ami. C’est leur côté antipathique qui fait qu’on les apprécie à l’image. Ils souffrent en distribuant de la souffrance et c’est ce qui nous fait rire. En regardant ce film à Noël, c’est nous qui nous moquons de tous les salauds que nous avons croisés dans l’année. Un film de Noël est un moment de partage familial, en groupe. On rigole sur les répliques qui font mouche à chaque visionnage.
Ce film nous rappelle le vrai esprit de Noël, celui du rire entre membres de sa famille, de passer un bon moment devant un spectacle sans avoir besoin de se faire une leçon de morale sur la vie. Il se déguste sans modération, roulé sous les aisselles, il sent un peu comme le mou. Tous les animaux ne mangent pas ce genre de cadeaux, certains crient au racisme aujourd’hui, comme hier à la sortie du film. Alors n’hésitons jamais à reprendre un morceau de cette chose longue, molle et noire qu’est Le Père Noël est une Ordure.




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