
Vous pensiez connaître le Père Noël ? Détrompez-vous, sous ses airs chaleureux se cache un tempérament de feu, dont les crépitements ne demandent qu’à s’embraser. Attention à ceux qui n’ont pas été sages, pour certains le réveillon promet de sentir le sapin… brûlé.
Violent Night est un film de Tommy Wirkola écrit par Patrick Casey et Josh Miller, sorti près d’un mois avant les fêtes en 2022. Le réalisateur norvégien déjà connu pour ses films de Noël sanglants tels que Dead Snow et ses remakes de légendes tout aussi charmantes comme Hansel et Gretel : Devil Hunter, revient avec un nouveau projet givré.
Le soir du réveillon, un groupe de mercenaires prend en otage une famille fortunée, au cœur de la somptueuse propriété de la grand-mère Langstone. Un gain facile doté d’un plan brillant, prêt à parer tous les imprévus, sauf un : le père Noël, et ce n’est pas quelques mitraillettes qui l’empêcheront d’achever sa tournée.
Un père Noël atypique qui casse les stéréotypes de son mythe
Si dans les films le père Noël a toujours l’air souriant et inoffensif, celui-ci s’éloigne totalement de ces apparences idéalisées pour se vêtir d’une image plus personnelle, particulièrement frappante, dans tous les sens du terme. L’iconique bonhomme rouge nous est montré en premier lieu non pas dans son atelier à rêver mais dans un bar sombre, noyant comme il le peut sa lassitude, essayant de se redonner la force de poursuivre sa tournée. Ni les lumières essoufflées du bar ni la colorimétrie chaleureuse du bar ne glamourisent le personnage. Le mythe qu’il représente paraît ici tristement ordinaire, le père Noël n’est plus qu’un homme grisé parmi tant d’autres. Comme pour souligner ce constat navrant, entre dans l’établissement un autre homme déguisé en Santa Claus. Leur échange en est pour le moins empreint d’une ironie amère : le faux père Noël reçoit la sincérité des enfants pour l’argent tandis que le vrai distribue des cadeaux à des gens véreux qui ne croient plus en lui et en sa magie. Il n’affiche pas un air faussement joyeux, parle avec familiarité en buvant allègrement, se met à l’aise chez les gens, agit avec un réalisme sans tricherie. Derrière son aspect désabusé et négligent se révèle pourtant une volonté de bien faire et d’apporter la joie qui manque cruellement dans son métier et la vie des gens. La relecture de cette fête de fin d’année ne contient pas d’artifices, l’envers du décor nous est montré avec un modernisme d’une originalité rafraîchissante.

C’est un film de Noël complètement hors du commun et qui le revendique. Loin des films de Noël aux ambiances mièvres et dégoulinantes de bonheur, Violent Night s’inscrit dans le genre de l’action, poursuivant la lignée des œuvres de Noël mouvementées dont il s’inspire. Au-delà de l’action sont repris les codes du thriller et du fantastique, tout en saupoudrant le tout de romance et de psychologie familiale. Un tel mélange des genres ne peut alors que donner naissance à des directions narratives surprenantes et astucieusement ficelées qui ouvrent de nouvelles voies sur la route déjà bien arpentée du film d’action.
Le récit qui livre dans ses premières images un aspect peu reluisant de Saint-Nicolas se tourne ensuite vers la famille Langstone avant leur prise d’otage. Nous sont présentés Trudy, de son nom complet Gertrude, et ses parents, dont le père issu des Langstone peine à se défaire de leur influence. Une difficulté qui pèse au cœur de son couple et qui est d’autant plus regrettable au vu de l’avarice hypocrite dont les autres membres font preuve entre eux pour plaire à l’élégante et richissime matriarche Gertrude, la mère de la fratrie Langstone. Une fois les deux sujets principaux dépeints, le parcours de Santa Claus rejoint et s’associe au leur lorsque ce dernier entre pour livrer ses présents dans la propriété. Un rapide passage éternisé par l’étourdissement d’une généreuse dose de spiritueux et dont le départ s’est vu ralenti par la prise d’otage. Désireux de fuir les ennuis, un concours de circonstances incluant la défenestration d’un mercenaire et son embauchement par un stalagmite, empêchent pourtant le père Noël de repartir. D’abord forcé de rester, l’appel de la petite Trudy dans son cadeau de ses parents, un talkie-walkie relié à la ligne imaginaire de Saint Nicolas, l’incite à s’investir, redonnant ainsi du sens à son existence. Un quadruple récit s’alterne dès lors : celui des otages, celui de Trudy qui a su s’échapper, celui du père Noël et celui des mercenaires.

Une vision sanglante et complexe de Noël
Lorsque l’action commence, c’est pour ne plus s’arrêter. Après son altercation avec l’un des mercenaires, son indésirable présence est traquée dans les moindres recoins. Mais le père Noël a plus d’un tour dans sa hotte, et malgré son grand âge, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas la main leste. À l’aide d’un talkie-walkie prélevé sur sa dernière rencontre, il communique avec Trudy qui est son guide à travers la gigantesque demeure. La visite est ludique, ponctuée de combats où les lieux comme les objets qui les peuplent sont dotés d’une fonction nouvelle, loin de leur utilité passive ou esthétique. À court d’armes ? L’étoile acérée au sommet d’un sapin s’enfonce tout aussi bien dans l’orbite d’un adversaire. Une confrontation face à un dur à cuire ? Heureusement, le rôtissement par guirlande de Noël est une astuce redoutable pour en venir à bout. Les hommes de main du cerveau de l’opération, surnommé « M.Scroodge », se voient décimés un à un avec un esthétisme et des techniques d’affrontement sans cesse renouvelés.
L’environnement opulent apporte une véritable richesse narrative, la moindre friandise ou décoration devenant soudain une arme létale. Les combats dans la première moitié du film ont notamment le mérite d’être denses tout en étant agréables grâce à la longueur des plans qui permet de savourer les scènes, aidé par un montage qui prend son temps, sans lourdeur. Dans la seconde moitié de l’œuvre, l’action est plus mouvementée, plus fidèle au rythme des films du genre sans perdre pour autant leur intérêt. Acculé et blessé dans la cabane au fond du jardin, notre héros est à bout à l’idée d’affronter seul les renforts de Scroodge. C’est alors que Trudy lui intime de reprendre confiance en lui, et de se battre pour lui, et pour ceux à qui il tient. Entre ombre et lumière dans une atmosphère brumeuse, la jeune héroïne l’aide à distance à retrouver ses repères, cette fois-ci dans son cœur qui ne bat que pour retrouver celle qu’il aime, la Mère Noël.
Les adversaires sont plus nombreux, plus menaçants, mais le père Noël est plus décidé que jamais. La vitesse et la force prennent le dessus, donnant lieu à une véritable boucherie. Face aux mercenaires, Santa Claus ne retient pas ses coups, distribuant par milliers des punitions bien méritées. Sa barbe d’argent imprégnée de sang s’incorpore à son traditionnel manteau pourpre, peut-être est-ce là la véritable raison de son association à ce ton, révélant son instinct caché. Mais en dépit des apparences, loin d’être qu’une machine à tuer, ce père Noël bien plus violent que les autres est peut-être aussi bien plus sensible. Alors qu’il puise en lui la force de combattre, jaillissent des bribes de son passé et de celui qu’il a été, un guerrier scandinave où il ne semait que mort et destruction avec « Broyeur de crâne », son marteau. Des origines sanglantes qui lui collent à la peau au sens propre du terme au vu de ses tatouages, ou de manière plus subtile dans sa tenue couleur ocre mais sans strass et brillante, tout en cuir. Un passé peu glorieux où il cherche désormais la rédemption, ne désirant qu’offrir du bonheur et de la solidarité dans un monde qui se déchire encore pour des futilités.
Il évoque également la mère Noël avec Trudy, où il livre une version touchante de l’Amour et de ses sentiments, dont le discours entretient d’un couple fait écho à la situation conflictuelle des parents de la petite fille. C’est un héros d’action et une figure idéalisée mais qui a lui aussi ses faiblesses physiques et morales, le rendant d’autant plus intéressant à suivre. Son lien avec son passé, l’exposition de sa touchante sincérité envers la mère Noël dont les 1100 ans de mariage n’ont pas flétri l’amour, et son duo avec la jeune Trudy le parent d’une douceur dont le contraste avec sa violence n’en est que plus saisissant.

Une reprise des codes de Noël, avec humour et subtilité
Le réveillon est bien entendu la période de retrouvailles pour beaucoup, notamment en famille. Au rendez-vous des crises de couples, des tensions familiales, des coups bas et des aveux cinglants trop longtemps contenus. D’éternels enjeux narratifs à faire lever les yeux, à moins qu’ils soient intelligemment utilisés. Les membres plus ou moins pompeux des Langstone se voilent d’un masque d’hypocrisie pour s’attirer les faveurs de la matriarche fortunée, que l’arrivée des mercenaires fera bien vite voler en éclats. Toutefois, de cet épisode inattendu, ils en sortiront plus unis, se livrant des vérités aussi bien touchantes qu’offensantes mais qui auront le mérite d’apaiser les tensions et d’enfin s’unir avec sincérité. Un amour qui naît au sein de la famille ou renaît chez les parents de Trudy, ironiquement par l’utilisation de la violence. À croire qu’abattre un truant n’est finalement qu’un moyen de resserrer les liens, de « faire enfin une activité en famille ». Des activités pour le moins originales dont l’usage du cadrage et des angles comme les plongées ou contre-plongées renforce le côté anormal de ces situations.
Que serait un film de Noël sans d’innombrables easter eggs, ces clins d’œil à d’autres œuvres dont le film s’inspire ? L’un des plus visibles est inévitablement Maman j’ai raté l’avion ! où un enfant tente de protéger sa maison assaillie par des voleurs en période des fêtes de Noël. Toutefois il y a quand même des changements notables : toute la famille est au domicile concerné, la taille et la grande abondance des biens et des lieux offrent davantage de possibilités ; les méchants sont plus méchants et puis il y a tout de même le père Noël ! Notons aussi Die Hard : Piège de cristal, dont la référence a été clairement dite lorsque le père Noël en sort un DVD du film de sa hotte, ou encore Le drôle de Noël de Scrooge, dont le pseudonyme du chef des assaillants est une référence directe. Maman, j’ai raté l’avion, Die Hard : Piège de cristal, La vie est belle, Le sapin a les boules, Le drôle de Noël de Scroodge. Que ce soit dans les tenants narratifs, plastiques, qu’elles soient discrètes ou flagrantes, les références sont partout.
Plus éloignés de Noël mais pertinents par leur point commun, d’autres films sont à énoncer : Thor par l’importance du marteau pour vaincre le mal et l’origine scandinave du protagoniste mythique, et Die Hard 2 : 58 minutes pour vivre la grandeur de ses scènes d’action. Ce dernier film est d’autant plus symbolique que M.Scroodge alias John Leguizamo, connu pour ses rôles de méchant, avait déjà joué face à Bruce Willis, un personnage de mercenaire, bien que moins important.

Heureusement cette multiplicité d’inspiration l’a porté sans l’alourdir, le film a de belles qualités techniques époustouflantes. L’esthétisme de Violent Night s’amuse à être en décalage permanent avec son récit, gratifiant l’image de nuances chaleureuses quand l’atmosphère se refroidit, ou de tons bleutés à la frontière du féerique pendant une scène de barbarie. L’un des aspects les plus brillants de ce jeu d’opposition réside dans le choix des musiques. Initialement prévue sans musique, la séquence où le père Noël affronte tout un tas d’ennemis dans la remise brumeuse du jardin est liée à Christmas Time de Bryan Adams. Un choix qui transforme la violence brute du cache-cache carnassier en un moment de légèreté déconcertant et déjanté. Cette musique douce et entraînante n’aurait jamais dû être associée à des images aussi trash, et c’est ce qui en fait toute la magie. Les cascades sont dignes des Die Hard qui ont inspiré le film, avec des courses en motoneige spectaculaires à travers la poudreuse des paysages nivéens. Un résultat qui doit ses mérites aux techniques de prévisualisation — similaire à un storyboard animé — permettant d’avoir un aperçu et de planifier les cascades en avance.
Un film engagé à préserver la beauté des fêtes
Avec toute la frénésie de la lutte menée par le père Noël et Trudy, on en oublierait presque les Langstone dans leur salon doré. Cette prise d’otage devient pour eux une prise de conscience où les vanités financières ne sont en réalité plus précieuses que les valeurs humaines. Un mantra perceptible dès le début dénonçant les comportements égoïstes et véreux gangrenés par un plaisir de consommation effréné. Cette période de l’année est l’occasion de célébrer des moments ensemble, de simplement partager avec ses proches. Or c’est aussi un gouffre financier où les cadeaux sont parfois le reflet d’un désir pur, vide de sens, une thématique déjà présente dans des films comme Le Grinch, s’interrogeant sur la véritable célébration de Noël. De sa hotte, Santa Claus ne sort que les mêmes jouets, des jeux vidéo à n’en plus finir. Il délivre dans tous les foyers des outils pour se déconnecter d’une réalité dans laquelle plus personne ne s’investit et ne croit. Peut-être pour partir en quête d’une magie disparue,à laquelle accorder de l’attention à soi et aux autres serait pourtant un bon remède. Le côté clinquant de ces produits attise une envie formatée, et dans les bottes pendues aux cheminées sont fourrées des liasses de billets, désormais la seule attente d’une fête en perte de sens. Une absurdité dénoncée brillamment sans trop s’y attarder, aussi bien entretenue par les producteurs que les consommateurs.
Malgré ce pessimisme qui reflète la réalité, s’il y a bien quelque chose à retenir du film, c’est qu’il porte en lui la magie des fêtes et l’espoir qu’elle ne disparaisse pas. Pour beaucoup, cette magie a été négligée ou remplacée par les plaisirs que fait miroiter l’argent, dénaturant le côté symbolique des retrouvailles et de la solidarité. Ne plus y croire, c’est renoncer à diffuser le bonheur autour de soi, et disparaître dans la morosité comme a failli sombrer le père Noël si Trudy ne l’avait pas aidé. Croire au merveilleux, en l’impossible et au rêve, une idée ancrée dans le récit, véhiculée par Trudy, qui n’a pas laissé les adultes griser ses souhaits. Elle devient la flamme qui fait renaître l’espoir chez le père Noël et redonne tout son sens à sa quête.
– Spoiler –
Le dicton « l’espoir fait vivre » est on ne peut plus vrai ; c’est littéralement grâce à la croyance en la magie des fêtes que la fillette et sa famille ressuscitent le père Noël.
Un espoir auquel s’est refusé « M. Scrooge », qui explique sommairement comment les fêtes de Noël ont gâché sa vie. Or c’est son désir de tout vouloir qui l’a fait sombrer dans le côté obscur. Une histoire au parallèle quelque peu radical mais qui a néanmoins ce mérite : les véritables cadeaux sont ceux qui partagent nos vies, pas les possessions matérielles qui les peuplent. Entre vaction et émotions, Violent Night donne à cette soirée du réveillon un caractère à la fois touchant et survolté. Oscillant entre tradition, dépoussiérage de certains de ses aspects et échos à la modernité, voici une belle redécouverte de ce qu’est Noël.
Il n’a plus qu’à espérer que le second volet prévu pour décembre 2026 continuera à distribuer cette même magie. Attention au tempérament turbulent, Noël arrive, pour le meilleur… ou pour le pire !




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