
Pour toutes les œuvres de Peter Watkins, il y a un avant et un après dans votre vie. Les Gladiateurs est sa première œuvre de fiction, ainsi que film en couleur.
Dans le futur, le monde est divisé en factions. Afin que la paix règne, des « Jeux pour la Paix » sont organisés. D’une cruauté inouïe voit des militaires et des civils, s’affronter dans un jeu du drapeau mortel. L’arène est un milieu naturel régie par une Intelligence artificielle qui peut modifier le climat et la géographie selon ses besoins. Ces « jeux » sont retransmis en direct dans le monde
entier grâce à des sponsors afin de garder la population docile. Cette année, au milieu des différents districts s’affrontant, un jeune étudiant décide de s’infiltrer dans le complexe pour détruire l’IA, pendant qu’un couple n’ayant pas le droit de s’aimer essaie de fuir l’arène.
Ce film m’a toujours fait penser à la série des Hunger Games de Suzanne Collins. Ils sont inspirés du même mythe : celui de Thésée et du Minotaure. Leur même source d’inspiration ne m’explique quand même pas toutes leurs ressemblances.
Peter Watkins est un réalisateur pas du tout conforme au système. Il a tendance à faire des fictions ressemblant à des documentaires. La Bombe (1966) est un documentaire sur la bombe nucléaire ayant explosé à côté de Londres à la fin des années 1950. Ici, pour son premier long métrage en couleur il fait une émission de téléréalité à l’époque où elles n’existaient pas encore. Dans Gladiatorerna (en version originale), il y a de fausses interviews des acteurs des « jeux ». Le métrage est filmé comme une téléréalité, genre Koh-Lanta avec des caméras pas toujours dissimulées à l’image volontairement. Tourné en 35 mm, Watkins privilégie des plans fixes, froids, rendant une impression de fatalité. Dans ce futur dirigé par les machines, l’être humain ne peut que s’amuser à s’entretuer. L’Afrique sacrifie ses enfants pour un pari d’audimat. Une vraie tragédie grecque couplée de géopolitique aux ficelles un peu grosse.
On y parle beaucoup de langues étrangères et les personnages se comprennent grâce à des traducteurs instantanés. L’ordinateur dialogue avec des Bip, nous empêchant de nous concentrer. L’IA parle au travers des humains qui l’ont déifiée en acceptant leur condition de mortel. Plus l’homme s’approche de la machine pour la détruire plus il perd son humanité. Allant jusqu’à lui-même accepter des sacrifices humains pour son combat : celui de permettre la mise à mort en public à coup de bâton des amoureux par des robots.
Le film de Watkins est pessimiste, sans possibilité d’ouverture vers ailleurs. La jeunesse elle-même se rend compte qu’elle ne peut pas changer ce monde. On est très loin de la franchise populaire des Hunger Games où le pouvoir de l’amour et de l’amitié couplé à la beauté de la femme peuvent changer les choses. Néanmoins, les deux œuvres ont beaucoup trop de similitudes : des joueurs s’affrontent dans une arène où la météo est maitrisée. Ces combats, retransmis en direct, impliquent des sponsors et des placements de produits. Dans un monde futuriste divisé en factions, un couple, au milieu du chaos, tente de s’aimer. Il n’y a pas tous ces détails dans le mythe original du labyrinthe.
Ce pourrait-il qu’à 50ans d’écart deux auteurs peuvent avoir exactement la même idée, la même trame narrative ? Bien qu’inspiré du même mythe, leur univers est trop identique. Suzanne Collins a sûrement vu le film de Watkins. Cette œuvre a été diffusé sur les chaînes anglo-saxonnes et Watkins est aussi un réalisateur ayant étudié en université de cinéma. Elle l’a peut-être oublié et l’histoire est ressurgie d’elle-même beaucoup plus tard… ou alors…

Une chose est sûre, Collins a écrit une aventure pour ados avec un beau cahier des charges pour plaire au plus grand nombre et finalement nous dire d’attendre un sauveur. Watkins a fait une œuvre de science-fiction noire, pessimiste, philosophique et antisystème. Il nous propose une plongée âpre et amère dans les eaux boueuses d’une humanité en dérive devant se prendre en main à l’unisson plutôt qu’accepter son statut de mouton. Je ne peux m’empêcher de trouver Watkins plus optimiste et moins fataliste que Collins.




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